Voyager et contempler la mer de nuages

… Prendre un crayon, un clavier, un carnet, une serviette en papier, ce qui nous tombe sous la main dans cet instant fiévreux où l’on dessine, de façon infime, de façon intime, ce qui nous traverse lorsque l’on part… Non pas lorsque l’on part, lorsque l’on va, d’un endroit à un autre. Lorsque notre âme s’enracine ou vole en éclat. Ou bien les deux. Et trouve les interlignes, les bifurcations de qui l’on est, fugaces, muables et changeants au grès des vents. Et se donne la liberté d’être bleue de la mer agitée un jour et rouge de la terre aride le lendemain.
… Prendre une plume, un minitel, un parchemin, une serviette de table, ce qui est à la mode ou à notre envie et raconter à toi, à moi, à nous, à vous, ces fulgurances qui nous transforment, ces infinités qui nous émeuvent, ces réalités qui nous dégoûtent, ces éminences qui nous transcendent, ces papillons qui nous transmutent.
… Prendre un stylo, une machine à écrire, un cahier, une serviette de bain, ce qui défile aussi vite que notre pensée et chanter en quelques mots, en plusieurs phrases, les mondes contenus dans un arbre, une personne, un océan ou une île… Ces lieux qui nous transpercent et qui ne sont nôtres que pour un éphémère instant parce qu’on y dépose notre sac au dos ou notre âme toute entière. L’espace d’une seconde. Le temps de toute une vie.

Ou au moins essayer…

Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages, Caspar David Friedrich

Impromptue immobile #5

[10/11/2021] « La voyageuse au-dessus de la mer de nuage »

Je m’étais plus ou moins engagée envers moi-même à vous résumer mes écrits à chaque saison mais, un peu paumée sur le pourquoi de la pérennité de mes errements sur cette toile fugace, je ne m’y suis pas tenue… Ce n’est que ce soir, alors que mes pensées se sont désemmêlées et que j’ai enfin le temps de vous les partager, que je vous écris pour vous dire à bientôt..

Oui, je ne fais pas durer le suspense, ça fait des mois que je ne me suis pas adressée directement à vous, des semaines que je veux vous écrire cette missive, alors je vous fais au moins l’honneur de la franchise sans rond de jambe. Car, après tout, mon silence a probablement déjà parlé pour moi…

En effet, mes incursions, voyageuses ou non, ont fini par manquer de sens, je continuais à écrire ici comme une habitude qui ne me ressemblait plus, comme une tentative anachronique d’être quelqu’un d’autre, comme une limitation à la nouvelle version de moi-même que j’ai en partie dessinée entre ces lignes. Je sentais que quelque chose faisait défaut, que les mots ne s’alignaient plus exactement comme j’aurais voulu, mais je n’y voyais pas tout à fait clair. J’avais une dizaine d’articles en attente dans mes brouillons sans vraiment avoir envie de les terminer ou de leur consacrer du temps. Et soudain, l’évidence ; soudain, l’embellie…

Je me rapprochais des cimes un matin d’été presque trois ans jour pour jour après mes premiers mots intergalactiques et « j’étais telle le Voyageur de Caspar David Friedrich sur ma page de garde ; je faisais face, éblouie et émue, à la mer de nuage dont émergeaient quelques cimes timides et irrégulières« . Je compris alors qu’un cycle se terminait, que j’étais revenue au tout début, au premier jour d’écriture cybérale puisque le tableau qui m’avait inspirée me faisait face, et qu’il était temps de changer de paradigme. Je pouvais laisser ma Chrysalide derrière moi, entretenir la fixité de mes vagabondages dans le silence. Sans pour autant perdre qui j’étais devenue et les souvenirs de voyages qui me constituent.

Ainsi, je fais le choix, aujourd’hui et pour un temps indéterminé, de laisser ce champs d’écriture en jachère. J’y reviendrai quand je saurais quelle fleur y planter, quand j’aurais le temps de les arroser avec attention. Pour l’heure, mes heures sont bien occupées à de nombreux projets et apprentissages, et j’aimerais beaucoup consacrer les quelques instants d’écriture que je peux glaner à l’élaboration de mon roman toujours en instance.

Mais avant de vous quitter et alors que j’allais justement trier les brouillons jamais publiés, je vous partage mon dernier billet que j’ai tant hésité à rendre public mais dont je ressens l’envie profonde, après plusieurs semaines de couveuse et quelques passages épurés, de joindre à cet entracte. Parce cette humeur a fait partie de mon état d’être pendant de longues semaines et que j’ai envie qu’elle reste le témoin imparfait de l’été étrange qui m’a traversé. 

Je vous ai tout écrit à présent, il n’y a pas de dernière rime pour s’alanguir un instant de plus… Je ne peux plus reculer, il est temps de me réformer pour vous revenir, de trouver d’autres mots éphémères, comme une humble tentative de donner une nouvelle vie aux Mondes Fugaces qui nous renversent, aux Mondes Mutables qui nous révèlent l’infinité de versions de nous-même. 

Et en attendant de vous revenir, ne vous y trompez pas : j’ai toujours le cœur voyageur, j’ai toujours l’âme poète ! Mes périples ont simplement changé de formes sans que je n’ai osé changer leur récit.

Et il est l’heure de me livrer à cette impermanence à présent…


  • La voyageuse au-dessus de la mer de nuage

    12 septembre 2021 par

    A Sélène Après un samedi de canicule à près de 40° C, dimanche était gris. De ce gris souris qui tire vers le blanc et dont on ne saurait dire s’il va colorer l’entière journée ou bien seulement le matin incertain et éphémère. L’air étouffant de la veille s’était allégé, encore emprunt de l’humidité de… Lire la suite

  • Billet d’humeur #2

    10 novembre 2021 par

    Nationalement apatride Ce soir, alors que je m’apprêtais à sombrer dans certaine lecture américaine, je fus soudain interpelée par le bruit familier des pétards du 14 juillet. Je pensais que, Covid oblige, le ciel de nuit ne s’ornerait pas de tricolore cette année, alors ça m’a un peu prise par surprise. Ni une, ni deux,… Lire la suite

Voir tous les articles

S’abonner à la Newsletters

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

S’abonner au blog

Recevez les nouveaux articles directement par courriels.

Rejoignez 197 autres abonnés