Carnets de voyage

Le premier jour où je suis partie en voyage. Seule, avec pour tout compagnon mon carnet vierge rempli de rêves. Le premier jour où je suis partie en voyage, j’ai tout de suite essayé d’entrelacer les mots qui racontaient chacun de mes pas de A vers B. Chaque jour, j’inscrivais chaque souvenir, chaque sensation. Bordélique et insatiable.

Le premier jour où je suis partie en voyage. Seule, avec pour tout compagnon mon sac à dos chargé d’espoirs. Le premier jour où je suis partie en voyage, c’était un Irlande. L’Irlande, c’est le pays qui m’a totalement et irrémédiablement bouleversée et dont je ne reviendrai jamais vraiment. L’Irlande a été mon explosion et ma réconciliation. L’Irlande a ébranlé tout ce que je savais de moi, me laissant là sur le pavé en mille morceaux que je ne reconnaissais plus. L’Irlande a guéri plus tard chacun de ces morceaux abîmés, les a repositionnés comme dans un tableau de Picasso et a illuminé le chemin vers une autre version de moi-même.

Entre temps, je me suis trouvée, et surtout perdue, dans d’autres pays, dans de multiples facettes de mon être, par intermittence et par nécessité. J’ai éclaté de nouveaux morceaux, j’en ai rabiboché certains pour mieux les révolutionner plus tard. J’ai tourné plusieurs fois sur moi-même et à rebours de la Planète. J’ai rencontré d’autres cultures qui m’ont bouleversée, qui m’ont questionnée. J’ai appris sur les mondes qui nous contiennent.

Depuis, j’ai repris mes errements telle une mosaïque transmutable de moi-même, des impatiences dans le cœur de mes explorations à venir, des sourires dans les yeux des mondes qui s’offrent à moi…

Juillet 2019

Merci à Lucie Azéma qui, par ses mots, a inspiré les miens…

PS (Mars 2020) : Ma mosaïque transmutable de moi-même se suspend, je ne suis plus à l’autre bout du monde mais je continue de vagabonder chez moi ; et je réalise que je m’avançais trop en Juillet dernier, que je n’avais pas fini de recoller les morceaux, de les éclater à nouveau parce que je les avais mal repositionnés, de refaire ce tableau de Picasso inlassablement… La roue ne s’arrête jamais de tourner, chaque minute transforme mes cellules et dématérialise mes morceaux pour les laisser vagabonds et changeants. Libres.