Terrasser le dragon

BILLET D’HUMEUR #21

dernier combat

Noël est comme un monstre insidieux qui se cache dans les entrailles de ma peur. Le rendez-vous de tous mes souvenirs douloureux, ceux qui m’ont façonnée, dessinée, abîmée, au fil des années.

Tant est si bien que j’ai un peu fini par croire qu’une malédiction m’attendait là.

A partir du 1er décembre, c’est donc un étrange calendrier de l’avent qui s’ouvre chaque jour : point de chocolat pour moi ; ce sont de mes petits morceaux d’âmes les plus amochés que se nourrit cette enflure de monstre, dans l’attente du pire qui pourrait m’arriver !

J’ai beau savoir, je me fais prendre par surprise à chaque fois. Je me fais avoir, j’ai l’infime espoir que tout ça, c’est enfin du passé, que j’ai enfin dépassé les traumas, mais c’est peut-être inversement proportionnel à mes anniversaires : ils se sont mis d’accord, je passe un noël d’enfer les années impairs de mes âges pairs…. Et je me réveille le 1er janvier lessivée, l’impression d’avoir passé un mois en apnée.

Quelle que soit l’année, je passe l’épreuve du feu en même temps que je traverse les portes de l’Hiver.

Je n’y ai pas échappé cette fois-ci. Je savais sans savoir. Je connaissais les risques du présent. J’ignorais la mémoire du passé. Malgré tous les protocoles et tentatives de colmater les brèches, je me suis faite bouffer. Les insomnies m’ont assaillie. Les obsessions m’ont étreinte. J’ai fait ma pire crise d’anxiété de l’année, certaine que j’allais finir manger toute crue par l’angoisse, détestée de tous et toutes, abandonnée dans le caniveau de ma peur, le cœur en mille morceaux, l’avenir en cul de sac.

Et comme à chaque fois, je me suis mise à croire au pouvoir de la manifestation au pire moment qui soit : plus j’avais peur, plus je me croyais responsable de tous les malheurs qui se préparaient à s’abattre sur moi.

Parce que cette année, j’affrontais la malédiction originelle, la blessure à la genèse de toutes les autres. J’étais tout sauf dans le déni : je me confrontais à ma pire peur, je livrais ma plus grande bataille.

Je touche du bois, mais à priori, je m’en suis sortie. Alors que j’avais gros à perdre. Je ne crie pas victoire trop vite, j’attends le 1er janvier pour mettre le point final à cet article, histoire d’être sûre que 2025 est bien derrière moi…

Parce que, ce qui est bien avec les malédictions, c’est qu’elles n’ont finalement que le pouvoir qu’on leur donne…

Je ne vais pas prétendre que j’ai enfin définitivement terrassé le dragon – ce sera trop douloureux la prochaine fois qu’il se présentera – mais j’ai l’impression d’avoir levé le voile de puissantes illusions, d’avoir acquis la leçon la plus importante de toutes.

Je suis empreinte de ses peurs, elles font partie de moi, mais elles n’ont pas à me définir uniquement, je n’ai pas à les fuir automatiquement. Parfois, je peux les prendre par la main, partir faire un tour dans les Corbières avec elle, leur laisser un espace d’introspection, les bercer dans les recoins de mon corps.

Alors oui, une fois encore, il semblerait que j’ai choisi les flammes de la douleur pour me réconcilier. Que comme le phénix qui renaît de ses cendres, je sois allée au cœur de la peur pour enfin me transformer. Et aujourd’hui, en ce premier janvier, le cœur léger pour la première fois depuis de longues semaines, je me félicite de tous les dragons que j’ai réussi à tuer au cœur de la nuit, je remercie celles et ceux que j’aime et qui m’aiment d’avoir veiller à mes côtés, je célèbre ce Noël de la réparation pour équilibrer tous les Noëls de la destruction.

Et surtout j’accueille les premiers rayons de 2026 pour me lancer dans ma nouvelle aventure, pour être cette nouvelle moi qui se rapproche d’heure en heure de la version originale.

Réparée.

Justine T.Annezo – 1er janvier 2026 – GTM+1


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