CARTE BLANCHE #20

Avec certaines personnes tu te disloques. C’est comme si chaque membre menait sa propre vie. Comme si chaque organe sortait de sa fonction. Prenons le cœur par exemple. Cet organe si romantique dont tout le langage amoureux a fait le grand prince. Le cœur. Au contact de certaines personnes bat la chamade. Tambourine. Saute un battement. Tressaille. S’ankylose. S’allège. Se disloque. Oui certaines personnes ont ce pouvoir là sur le cœur. Et comme le cœur est notre centre névralgique. Notre pompe de vie. Par extension. Le reste du corps s’arrache avec lui. La tête nous tourne. Le ventre fait du hula hoop ou se transforme en papillon. Les jambes n’ont plus qu’une envie : danser. Les bras n’ont plus qu’une destinée : enlacer. Les lèvres n’ont plus qu’un pouvoir : embrasser. Avec certaines personnes tu te disloques. Jusqu’au jour où elles s’échappent. Où tu leur dis adieu. Alors le cœur ne devient plus que mou. Comme il est organiquement constitué. Son rôle n’est plus que de pomper le sang de l’intérieur vers l’extérieur. Et inversement. Il a perdu toute fonction poétique, tout ouverture sur le monde. Il n’est plus que cette chose rouge et un peu dégueulasse qui nous garde en vie. Le reste du corps rentre dans le rang avec lui. La tête se remet sur les épaules. Le ventre digère les maux doux. Les jambes ne servent plus qu’à marcher. Les bras ne veulent plus que tomber. Et les lèvres se murent dans le silence. Le corps a repris sa fonction vitale. Sa fonction originelle. Et c’est tant mieux. Car si avec certaines personnes tu te disloques. C’est parce qu’avec certaines personnes tu te sens vivant. Vivante. Et cette vie continue à battre dans l’absence.
Justine T.Annezo – 7 février 2026 – GTM+2