CARTE BLANCHE #27

Emprunter les dernières heures de l’après-midi
Echapper à la fraîcheur de la nuit
Esquiver la cohue du dimanche à midi
Pour humer l’odeur humide de l’herbe tendre
Pour frôler l’air doux du printemps
Contempler le miroir d’ambre
Saisir en paillettes les rayons brillants
Pour dessiner les branches en contre-champ
L’ombre des arbres encor’ en hiver
Leur cime en quête de soleil inspirant
Pour m’égarer dans le ciel immobile si ce n’est l’unique nuage voyageur
Embrasser les branches
Du Saule pleureur en transe
M’allonger sous les feuilles
Du Saule pleureur en danse
Laisser le Saule pleurer
Les larmes de mon cœur esseulé
Laisser le Saule
Mirer le bassin de mes regrets
Me perdre dans les pensées de mon passé
Tenter de panser les souvenirs de mon présent
Vivre à contre-temps
Survivre à la mémoire d’hier
Chanter les erreurs
Regretter les bonheurs
Etre comme les branches d’arbre en hiver
Coincée dans le passé
Attendre que la sève monte jusqu’à mon cœur
Pour vivifier les membres abandonnés
Si seulement je pouvais épouser cette solitude
De cet unique arbre en hiver
Si seulement je pouvais être cet unique arbre en hiver
Qui n’a pas encore mis ses feuilles
Ni ses bourgeons
Envier cette fleur presque éclose
En avance sur son temps
Effrontée devant les nuits encloses
Dans la froidure du vent
Si seulement je pouvais embrasser cette audace
De cet unique fleur au printemps
Si seulement je pouvais être cette unique fleur au printemps
Qui ne sait pas qu’elle va fleurir
Mais qui s’en contrefiche
Si seulement je pouvais connaître l’avenir du printemps
Si seulement je pouvais avoir cette même confiance
Que pour cet arbre qui je sais va resplendir
Que pour cette fleur qui je sais va fleurir
Justine T. Annezo – 15 mars 2026 – GTM+1