Frühjahrsmüdigkeit

BILLET D’HUMEUR #26

fatigue printaniere

J’ai lu dans un roman que le temps qu’il fait à notre naissance sera le nôtre pour toute notre vie, notre temps à nous. Je suis née par une nuit de tempête. Tout commença un soir où le vent d’autan soufflait très fort, annonçant les prémices d’une longue nuit de douleur et d’espoir. Au petit matin pluvieux, le vent fou ayant pleuré toute la nuit, je scrutais pour la première fois ce monde nouveau pour moi. La vie m’attendait.
[…] L’automne est la saison de mon éclosion. A présent que je le sais, je passe des nuits entières sans sommeil à écouter le vent souffler en haut de mes étages, à entendre les âmes s’envoler, à rêver que ce sont les lamentations des morts que j’entends dans mon demi-sommeil. A présent que je le sais, je recherche ce temps d’automne quand il me faut me retrouver.
Avec Mary

Le printemps bat son plein et je ne peux que constater que je fais partie de celles et ceux qui promènent leurs automnes au printemps. J’ai toujours pensé que c’était le contraire, que c’était plutôt le printemps que je promenais à l’automne. Je ne me suis jamais posée la question dans ce sens-là… Mais après tout, il existe une certaine logique : l’un ne va pas sans l’autre. De quel droit pourrais-je aspirer à deux printemps quand le reste du monde devrait s’en contenter d’un seul ?

L’automne, c’est ma saison préférée de toute l’année, je m’en suis souvent épanchée par ici, pas seulement parce que c’est celle de mon anniversaire. J’ai passé l’âge. Mais parce que c’est celle où le temps s’égrène à un rythme parfaitement adapté à mon système nerveux. On reçoit l’invitation de retourner à l’intériorité, mais le soleil continue à diffuser une lumière douce et tendre quand on a besoin de s’aérer. La nature vit son ralentissement et c’est un changement d’allure qui me convient mieux que l’accélération printanière.

Au printemps, on reçoit l’injonction à sortir de sa tanière, quelle que soit son humeur, quel que soit son état. Il n’y a pas le choix, pas d’alternative. Notre corps a besoin de sa vitamine D et on est obligé d’aller vivre même si on a le dynamisme d’un limaçon, même si on a le cœur en miettes.

Cette contradiction intérieure ne m’empêche pas de développer une véritable passion printemps et de m’ébaubir de chaque bourgeon comme la promesse tant espérée, peut-être, de ma propre régénération.

Mais j’ai un peu l’impression de promener mon automne au printemps, de ne pas respirer dans le bon hémisphère. De vivre une sorte de dépression saisonnière en décalage avec le reste du monde qui me fait me sentir à contre-courant. Peut-être est-ce mon cœur à l’heure allemande qui souffre de sa Frühjahrsmüdigkeit, autrement dit « fatigue printanière ? A priori, je serais là-bas à ma place, c’est LA saison de la déprime Made in Germany, t, comme souvent en Allemagne, ils ont bien étudié la question, avec renfort de science et d’analyse, ils en écrivent des livres et cet état d’âme fait la une des journaux ! Peut-être que je ne suis pas née sur le bon méridien et que je devrais passer la frontière pour embrasser pleinement mon état de printemps en accord avec la foule ?

En attendant, je n’arrive pas à m’accorder aux rayons du soleil, je ne sais pas ce qu’ils me veulent et j’ai du mal à trouver ma place, à comprendre mon sens, dans cette explosion de couleurs et de lumière. Mon système nerveux est suractivé, sur-sollicité et je rêve à mon idéal automnal. A mon dernier automne où tout semblait enfin prendre sa bonne place, où les étoiles s’alignaient à mes désirs. Mais peut-être n’était-ce qu’une illusion ? Et c’est cela la proposition de ce printemps : vivre l’alignement des planètes mais avec la clarté luminescente de la renaissance ? Avec l’enthousiasme incandescent des nouveaux départs ?

Justine T. Annezo –  5 avril 2026 – GTM+2


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