BILLET D’HUMEUR #24

Aujourd’hui, je « devais » écrire un texte.
Je voulais continuer à m’épancher sur mon cœur enamouré, sur mon cœur éclaté. Mais je n’étais pas inspirée et j’ai eu peur de me lasser.
Alors, faute de parler d’amour, j’ai voulu écrire la guerre. La transformer en poésie pour déposer mon impuissance. Mais mes mots manquaient de verve, ils n’étaient pas à la hauteur de l’horreur qui nous hante depuis quatre ans.
Alors, j’ai attendu, le stylo à sec, sur un parking de supermarché, que mes roues de voiture soient bien reboostées.
Heureusement qu’il faisait soleil et que j’avais mis mon pantalon et mes chaussures jaunes… parce que c’est chiant d’attendre l’esprit déserté sur un parking de supermarché.
Enfin je dis « l’esprit déserté », c’est pour l’image, parce que même en plein désert, il y a des pensées dont on se passerait bien. Et là, je commençais doucement à basculer du côté d’une nostalgie douce-amère. Tout à fait le genre de glissades que j’évite en ce moment…
Et je pouvais pas faire ce coup-là à mon pantalon et mes chaussures jaunes qui ont mis toute leur couleur à me garder en joie !
Alors j’ai pris mon téléphone (oui parce que j’ai écrit « stylo », c’est plus poétique, mais j’avais même pas un bout de papier pour noter mes pensées, j’ai donc pris mon téléphone) et j’ai ouvert mon application note pour raconter la vie du parking du supermarché…
Le caddie qui vrombit, le coffre qui se remplit, les portières qui claquent.
Les vapoteuses au goût fraise des djeuns en vacances qui n’ont rien trouvé de plus cool que d’aller à la galerie marchande « made in purpan ».
Le mec qui fait la course aux chariots tout seul, les entrechoquant dans sa voiturette de parking de supermarché pour les ramener à bon port.
Le cliclac des talons aiguilles ou à bascule de toutes les femmes qui sortent, à travers les portes vitrées, des PowerPoint ou des gosses à bout de bras (oui, parce que c’est les vacances et faut les occuper les mioches).
Le mec au bleu de travail hachuré d’orange fluo qui vient de finir sa journée de chantier et s’est acheté à manger pour ce soir ou pour ce midi.
Et puis moi, assise sur un muret au milieu des voitures, qui m’occupe le ventre en mangeant des cookies noisette-chocolat, qui me remplit le cœur en faisant défiler les mots sous mes doigts, qui me vide la pensée en comptant l’absence de nuages dans le ciel, qui cherche la beauté, loin des guerres et loin des bombes, même sur le parking du supermarché.
Parce qu’au bout du bout, c’est un peu surréaliste, mon pantalon et mes chaussures jaunes sur ce parking de supermarché pendant que mon écran défile, impuissant et coupable, le nombre de morts et les villes rasées par les bombes à travers le monde.

Justine T.Annezo – 2 mars 2026 – GTM+1