CARTE BLANCHE #34

L’urgence née de la rupture. Le besoin de dire. D’expliciter tout ce qui a été vécu. Senti. Ce besoin n’existe pas dans la relation. Ou si différemment. Ou si brièvement. On se sent le cœur prêt à exploser à chaque minute. Alors on s’embrasse. On s’enlace. Et parfois quelques mots trébuchent.
Les souvenirs. Les sensations. Les sentiments. Se vivent au présent. Il n’y a rien à dire. A écrire peut-être. A contre-temps. Dans l’espace entre les deux retrouvailles. Pour combler les petits vides.
Déjà, à ce moment-là, j’écris l’amour plus que je ne le dis.
Dans le maintenant. Mes mots sont trop petits. Mes sentiments sont trop grands. Ils n’arrivent pas à se refléter vraiment. Parfois je pleure au lieu de parler. Tellement c’est beau. Tellement c’est doux. Souvent j’embrasse. Souvent j’enlace. Au lieu de penser.
Mais avec la fracture. Avec la rupture. Il n’y a plus que l’espace de penser. De se souvenir. De garder le fantôme des sensations. Il y a tout à dire. Tout ce qui nous a traversé. Et le besoin urgent de le partager à l’autre. Probablement dans le désespoir illusoire de maintenir le lien.
Mais aussi un peu comme une offrande. Comme un hommage à ce qui a été vécu et n’existe plus.
J’empile les lettres sur mon bureau. Je collecte les messages dans mon téléphone. Tant de mots pour un absent. Je ne les envoie pas. Je me suis promis.
J’écris l’amour plus que je ne le vis.
Justine T. Annezo – 25 juin 2026 – GTM+2