Il était une fois l’Alaska

Une légende Inuit raconte la naissance de la Terre et de l’Homme, faisant de la race humaine des mangeurs de terre évoluant dans une nuit éternelle. On ne mourrait pas alors, on devenait vieux, très vieux, et aveugles, on perdait la capacité de bouger, peut-être se figeait-on dans la pierre, mais on ne mourrait pas. Un jour cependant, il y eut trop d’humains, figés ou parcourant la planète, et une grande marée balaya le monde par un jour d’aurore. Deux femmes intercédèrent dans le destin de la Terre : «Épargnons-nous la mort, même s’il faut continuer à vivre dans l’ombre.» ; ce à quoi l’autre lui répondit «Non, acceptons la mort mais vivons à la lumière.» La dernière fut entendue et le jour se leva. Après cela, l’Homme n’eut plus à manger la terre, il pouvait se mouvoir au grand air. Avec la mort, le soleil, la lune et les étoiles apparurent. C’étaient les âmes de tous ceux qui avaient enfin péri et qui brillaient éternellement dans le firmament. Cette mythologie ne racontent pas l’Histoire de l’Alaska, elle raconte une Histoire du Monde ; et pourtant, seule une peuplade qui aurait vécu au Nord des hémisphères, dans une nuit presque immortelle, aurait pu rêver à de telles origines du monde qui ressemblent tant à leurs passages sans compromis des saisons sombres aux saisons claires. Ainsi, pour moi, les Inuits racontent ici la naissance métaphysique de l’Alaska.

Dans la réalité, le peuple Aléoute est le premier à donner un nom à cette terre de nuit éternelle : Alaxsxaq, c’est ainsi qu’ils l’appelèrent. L’objet vers lequel l’action de la mer est dirigée. Quelques millénaires plus tard, Benny Benson, fils d’un pêcheur suédois et d’une indigène aléoute, originaire de Seward, lui donne un drapeau à la mesure de son froid glacé : le chariot de la Grande Ourse, ponctué de l’Etoile Polaire.
Cette terre glaciaire connait ces deux naissances symboliques, mais qu’en est-il de la Nation ? Qu’en est-il de ces montagnes, terre et pierres tombées du ciel bien avant que l’homme n’émerge des profondeurs de l’eau et fasse de ce territoire hostile son foyer ? Qu’en est-il de ces peuples éparses qui se ressemblent mais ne se reconnaissent pas ?

Premières Nations

En Français, nous utilisons le terme d’Amérindiens pour différencier les Indiens d’Amérique et les Indiens d’Inde. En Anglais, ils sont appelés Native Americans ou dans ce cas précis, Native Alaskans. Je préfère pour ma part l’appellation canadienne, plus subtile et exacte, qui parle des « Premières Nations ».

Il y a au moins 14 000 ans, les premières populations, originaires d’Eurasie essentiellement, rejoignent l’Alaska par le couloir de Bering et commencent à peupler ce morceau de terre, ainsi que le reste du continent. Les recherches archéologiques et génétiques, ainsi que les traditions orales, nous racontent que d’autres vagues de migrations se sont poursuivies au cours des millénaires suivants (il y a 12 000, 4200 et 1000 ans).
Avant l’arrivée des Occidentaux, la vie des populations alaskiennes se définit par un système complexe de lois sociales axé autour de trois piliers : l’art, la nature et la spiritualité, tous trois intrinsèquement liés. Les cultures particulières de chaque tribu se caractérisent par leurs régimes alimentaires – les uns sont pêcheurs, les autres sont chasseurs -, leurs habitats,  l’originalité de leurs danses, de leurs chants et de leurs costumes traditionnels. Résistant aux climats extrêmes, ils font prospérer la terre dans un profond respect et une harmonie singulière.
Avant l’arrivée des Occidentaux, il ne s’agit pas d’un tout, mais d’une multitude de clans caractérisés par leur appartenance géographique, vivant en paix voisine la plupart du temps.

Nous ne connaissions pas le concept des frontières, ces lignes invisibles tracées sur la terre divisant les propriétés. Si quelqu’un établissait un campement pour pêcher, on considérait que cela appartenait à cette personne ou à sa famille. C’était permanent dans la tête de tout le monde et considéré comme acquis.

Tommy Ongtooguk

Pour en savoir plus sur les particularités de chaque communauté.

L’arrivée des Russes

En 1741, le voyage de Vitus Jonassen Bering, explorateur danois membre de la marine russe qui donna son nom au détroit, à la mer, à l’île et au glacier, fait connaître l’abondance des loutres de mer au Sud de l’Alaska. Ainsi, la Russie alléchée conquit et envahit cette terre en marge de l’Amérique malgré la résistance des autochtones. Ils deviennent gros exportateurs de peaux de phoque et fourrures en tous genres. Les premières populations géographiquement touchées sont alors les Unangax et les Sugpiac installés sur les îles sud de l’Alaska (en violet sur la carte), les indigènes sont contraints et forcés de travailler pour les compagnies russes. Les Sugpiac sont particulièrement affectés, ils perdent en effet près de 10 % de leur population en cent ans, et c’est surtout tout un pan de leur culture qui disparaît : leurs chants, leurs cérémonies, leur identité, la voix des sages. Mais au bout du compte, le reste du territoire n’est pas épargné par la colonisation non plus.
Car l’incursion russe ouvre la porte à d’autres vagues d’arrivants : les Britanniques construisent des avant-postes sur la Yukon River essentiellement peuplée par les Athabascans (la compagnie de la Baie d’Hudson franchira même la frontière canadienne pour développer son activité), les marchands américains (les hommes de Boston) font de la concurrence aux Russes et déciment les baleines dans la Mer Arctique, privant les populations Inupiaq et Yupic de Saint Laurence au Nord-Ouest (en orange sur la carte) de leur première subsistance. Ce boom économique entraîne alors un profond changement social ainsi qu’une destruction massive de l’environnement, auxquels les premières populations natives ne sont pas préparées.
Les cultures traditionnelles sont d’autant plus mises en périls lorsque la première mission orthodoxe russe s’implante sur le territoire en 1794. Rendue attractive par la mise en avant du respect des langues autochtones, beaucoup d’indigènes se convertissent pour s’intégrer à ce nouveau monde qui s’accapare leur terre. Cette évangélisation reste aujourd’hui encore la trace la plus  pérenne de l’occupation russe. Par ailleurs, l’Homme Blanc amène avec lui tout un lot de maladies contre lesquelles les tribus d’origine n’ont pas d’immunité. Des pans entiers de populations sont éradiqués par des épidémies dévastatrices. Ce qui questionne alors indirectement et de façon plus pernicieuse les traditions d’origine : les shamans et les guérisseurs immémoriaux sont incapables de lutter contre ces maladies, ce qui leur fait perdre leur crédibilité au sein des populations. Par conséquent, par cette mainmise étrangère sur l’économie et les ressources du pays, les premières nations amorcent une terrible crise identitaire et leur souveraineté est totalement perdue, exception faite du peuple Tlingit au sud-est (en vert sur la carte) qui mène une résistante acharnée et victorieuse. Ils sont les seuls à ne pas connaître la colonisation russe.

Le rachat américain

Affaiblis sur le plan militaire et économique et parce qu’ils souhaitent freiner l’expension britannique, les Russes décident de vendre l’Alaska aux Etats-Unis le 18 octobre 1867, maintenant célébré comme l’Alaska Day. On passe alors du calendrier Julien au calendrier Grégorien et du Vendredi 6 octobre au vendredi 18 octobre.  
Au moment de l’achat de l’Alaska, la majorité des terres sont inexplorées et essentiellement utilisées en tant que territoire militaire et commercial. Evidemment, les Américains se montrent tout aussi avares de fourrures que les Russes. Et lorsque la première pépite d’or est trouvée sur les rives canadiennes de la Yukon River, l’Alaska connait sa propre ruée vers l’or, amenant de nombreux prospecteurs sur place. La découverte de premiers minerais d’or à Nome en 1899 et de cuivre ensuite, accélère donc la croissance très (trop ?) rapide de ce territoire incertain : les chemins de fers et autres infrastructures de voyage se développent traçant les contours d’une piste légendaire, l’Iditarod, une piste sur laquelle circulent vivres, matériaux et courrier. Une piste par laquelle revient l’or pour lequel tant d’hommes risquent leur vie.
En parallèle, la pêche comme moyen de subsistance est continuellement mise en péril par la présence d’une force étrangère. On chasse la baleine sans se soucier d’une extinction massive ou des conséquences pour les populations qui n’ont alors plus de quoi se nourrir. On ouvre de nombreuses conserveries de saumons dans le Sud, ce qui détériore d’une autre façon les ressources de pêches des communautés.  
L’arrivée des Américains marque en outre une aggravation culturelle pour les différentes traditions, notamment parce que les langues et religions autochtones sont interdites et que les peuples sont violemment obligés de se convertir au christianisme. Les différentes tribus perdent alors leur citoyenneté, leurs membres sont exclus des écoles, des magasins ; ils ont des difficultés à trouver du travail et ils sont expropriés. En 1922, la lutte de l’Alaska Native Brotherhood est néanmoins victorieuse, les amérindiens d’Alaska obtiennent le droit de vote (soit deux ans avant que ce ne soit effectif dans les Lower 48).

A ce moment-là,  il était très facile de comprendre l’objectif de l’école : te civiliser. Ce qui voulait dire, parler anglais, abandonner les traditions amérindiennes, porter des vêtements occidentaux, vivre dans des maisons occidentales et être chrétien. 

Martha Demientieff

Une fois la fièvre de la ruée vers l’or éteinte, le reste de l’Amérique n’a finalement que peu d’intérêt pour cette contrée lointaine, pauvre en ressources naturelles et froide ; on n’en comprend pas véritablement la réalité. L’Alaska change plusieurs fois de statuts, pour rien au monde, on ne voudrait la mettre au même rang que le reste de l’Union. Certains s’enrichissent néanmoins de l’isolement de la province : l’Alaska, qui peine déjà tant à se nourrir, puisque ces plus grandes richesses sont utilisées pour le commerce plutôt que pour nourrir ses populations – indigènes et blanches confondues – doit faire acheminer toutes ses denrées et biens complémentaires par les territoires au Sud, avant que ce ne soit expédié par bateau depuis Seattle qui prospère au dépend des Alaskiens. Plus tard, la Grande Dépression qui influence le prix du poisson et du cuivre est évidemment dévastatrice sur ce territoire polaire. Le gouvernement fédéral décide alors de mettre en place une émigration organisée depuis les états septentrionaux comme le Michigan, le Wisconsin et le Minnesota, pensant naïvement que seules des populations ayant grandi dans des climats similaires peuvent s’adapter en Alaska.
Puis, arrive la Seconde Guerre Mondiale… L’Alaska, tout comme Hawaï, est le talon d’Achille du géant américain aux pieds d’argile. Après Pearl Harbor, les îles de Kiska et Attu sont les seuls territoires américains à être physiquement touchés par la guerre car envahis par les Japonais. On évacue alors en prévention et pour des raisons stratégiques, les Aléoutes des îles voisines. Les populations sont internées dans des conditions déplorables car l’Etat ne peut – ou ne souhaite pas – mettre en œuvre les conditions nécessaires à un minimum de confort ; beaucoup tombent malade ou meurent. Après cet événement désastreux, l’Alaska Native Brotherhood et Sisterhood font entendre leur voix et une loi anti-discrimination est passée en 1945. Ce ne sera pourtant pas suffisant à empêcher ces mêmes populations aléoutes d’être relocalisées car leur territoire d’origine est jugé trop difficile à défendre. Et les préjugés ont la peau dure, malgré cette loi anti-discrimination, on vend encore aujourd’hui les fameuses glaces Eskimo dont la marque se base sur les mêmes clichés que le chocolat Banania ou le sirop Aunt Jemina.
La Seconde Guerre Mondiale a cependant cela de bon qu’elle change le regard que l’Américain moyen porte sur cette terre étrange : il commence à comprendre sa valeur stratégique et envisage de la faire rentrer dans le club très select des cinquante états américain(1). C’en est fini de l’image d’un état faible et dépendant. Le 4 juillet 1958, l’Alaska Statehood Act est adoptée, permettant l’admission définitive de l’Alaska dans l’Union le 3 janvier 1959. La découverte du pétrole une décennie plus tard confirmera le bien-fondé de cette décision.

L’Alaska

Nous connaissons la place à laquelle nous appartenons car c’est là que nous sommes nés, que nos ancêtres sont enterrés.

Martha Demientieff

Ainsi, l’Alaska au statut si controversé jusqu’alors, l’Alaska plus divisée qu’unie, devient une et indivisible, elle devient américaine. Cette terre au Nord du Futur(2) cherche alors à se définir, à reconnaître qui elle est dans toutes ses différences et ses ressemblances.
L’Alaska vient toucher l’Arctique, cette étendue sur laquelle on peut marcher, où la neige devient un habitat et où la vie existe de la plus improbable des façons. Ce climat extrême explique à la fois la façon d’être et de vivre des gens, et donc leur façon d’interagir. L’Alaska est un désert polaire dessiné par peu de routes, certains villages ne sont accessibles que par bateau en été et moto-neige en hiver. C’est pour cela que la piste de l’Iditarod fut une telle révolution et qu’elle rentra dans la légende quand il s’agit de sauver la ville arctique de Nome, mise en danger par une épidémie de diphtérie en 1925. Si l’expédition en traîneau conduite par mon fidèle souvenir d’enfance Balto n’avait pas livré la course au sérum en cinq jours, la ville entière aurait péri. Aujourd’hui, la modernité aidant, ces villages sont accessibles par avion. Ainsi, l’envol des petits coucous est un bruit réconfortant dans le ciel alaskien, un bourdonnement qui raconte à chaque habitant qu’il est à la maison.
L’Alaska est comme un grand village, une immensité dans laquelle tout le monde se connaît et prend soin les uns des autres. Même éparse. Même à des centaines de miles de distance. Une immensité au cœur calme dont la réalité du territoire amène un rythme particulier et tranquille. L’Alaska est comme un grand village qui ne cesse de se développer puisque cette contrée sauvage continue à attirer de nombreux Américains des Lower 48, désireux de fuir la zone continentale surpeuplée et stressée.
Mais surtout l’Alaska est une nation multiple dont les héritages blessés et contraires ont du mal à se réconcilier.

Avec la découverte du pétrole à la fin des années 1960, se pose la question de la propriété des terres et la spoliation qui a eu lieu avec l’arrivée des Occidentaux (ainsi, la majorité des sociétés pétrolières appartiennent aujourd’hui aux communautés des premières nations et une campagne de redistribution des terres a été mise en place). De façon plus générale, cela repositionne le curseur de la place des populations amérindiennes dans la société alaskienne, amorçant une reconstruction lente des traditions perdues et une assimilation douce de toutes les cultures préexistantes.

Pourtant, la problématique reste entière. D’abord parce que les différentes tribus ont souvent d’énormes difficultés à allier leurs traditions amputées avec la réalité du monde moderne. Ensuite, parce que la société continue à se construire sur la base de deux entités contraires et non conciliables : le Cheechako (littéralement le nouveau venu, en d’autres termes l’Homme Blanc) et le Natif. L’exemple le plus frappant étant les autorisations de chasse – car tout Alaskien à plein temps(3) est un chasseur(4): parce qu’ils sont leur unique moyen de subsistance mais dans un soucis de préservation de l’environnement, on n’autorise la chasse aux ours polaires ou la pêche à la baleine qu’aux Natifs Indigènes, créant ainsi l’éternelle différence entre les Natifs millénaires et les Natifs centenaires. Mais si, au lieu de définir les limites de chasse en fonction des origines(5), on les définissait en fonction des lieux de résidence ? Alors ceux qui habitent dans certaines zones auraient le droit de chasser l’ours polaire ou la baleine car ils sont leur seule ressource alimentaire et l’on échapperait ainsi à l’extinction de masse ou la chasse à des fins commerciales, et il ne serait plus question de qui est natif et qui ne peut aspirer à cette appellation.
Car au final le Cheechako n’est pas toujours blanc et le Natif n’est pas toujours Alaskan. Comme lors de la conquête anglaise en Irlande et les colons devenus plus Irish que les Irish, les nouveaux venus ont aujourd’hui adopté le mode de vie alaskan, le seul mode de vie possible sur une terre aussi exigeante. Ils chassent, ils vivent au rythme inflexible des saisons, ils cohabitent avec l’animal sauvage dans une nature dangereuse. Toute la modernité inventée par l’Homme Blanc ou non ne pourra jamais défier une réalité aussi concrète que l’eau qui se solidifie à une certaine température, compromettant une invention aussi basique que les toilettes… Ces deux entités ont ainsi bien plus en commun qu’elles ne le pensent, elles n’ont pas le choix. Une terre comme l’Alaska ne leur laisse pas d’autres possibilités.

On ne pourra jamais effacer l’Histoire, les horreurs, les injustices, les spoliations, ce sont elles les fondements de nos sociétés modernes. On ne pourra jamais revenir en arrière, avant que Christophe Colomb redécouvre l’Amérique, avant que l’alcoolisme et les maladies occidentales aient compromis l’avenir des peuples indigènes. Ce que l’on peut faire, en revanche, c’est guérir de toutes ces blessures et construire un nouveau monde sous de nouveaux paradigmes. Ainsi, une fois que l’Etat a pris ses responsabilités pour reconnaître les erreurs de l’Histoire, une fois que les victimes et leur descendance ont périlleusement amorcé leur processus de guérison lente et douloureuse, il nous faut arrêter de vivre dans un schéma d’oppressé et d’oppresseur, de victime et d’accusé, de vengeur et de repenti. Il nous faut accepter la lenteur des changements et faire oeuvre de patience pour que le pardon ne devienne plus un mot mais une réalité, pour que plus personne n’est à s’excuser des fautes de ses ancêtres, réels ou présumés. Et surtout, il nous faut faire un choix : ou bien revendiquer sa primauté sur une terre, comme les Irlandais l’ont fait il y a un siècle, comme les anciens pays colonisés d’Afrique et d’Asie se sont affranchis plus tard ; ou alors renoncer à cette guerre qui apporterait beaucoup de sang et peu de liberté et que personne n’a véritablement le désir de mener afin de construire une Nation commune. Car s’il y a bien une chose que le Cheechako et le Natif ont en commun, c’est leur amour de l’Alaska… Beaucoup de traditions amérindiennes sont spirituellement rattachées à la terre de naissance, à la terre où les ancêtres ont vécu et reposent. Les nouveaux venus n’ont peut-être aucun ancêtre enterré avec les saumons mais ils choisissent non seulement de venir en Alaska, ils choisissent d’y rester, possédant ce même attachement inaliénable à cette terre.

Et c’est la seule vérité que chacun devrait retenir.

Ce que vous ne voyez pas, que vous n’entendez pas, n’expérimentez pas, vous ne le connaîtrait jamais vraiment.

Esghallghilnguq, Nagaqullghilnguq, Nanghiilghilnguq, Nalluksaghqaq

(1) L’Alaska est le quarante-neuvième état à rejoindre l’Union mais Hawaï la suit des très près, puisqu’admis dans l’Union six mois plus tard.
(2) North of the Future : slogan créé dans les années 1960 pour revaloriser l’Alaska.
(3) Beaucoup d’Américains des Lower 48 s’installent progressivement en Alaska, c’est-à-dire qu’ils ne passeront d’abord que l’été en Alaska puis, tombés fous amoureux de ce pays si rudement magnifique, ils s’y installeront à plein temps ne craignant plus l’hiver.
(4) Au-delà d’une faune variée et gourmande, la chasse est aussi souvent une nécessité économique et logistique : pour les villages hors de réseau routier, il n’existe pas de supermarchés ; pour le reste de l’Etat, la majorité des produits vendus sont importés du Canada et donc chers.
(5) Depuis 1934, la loi américaine impose un quota d’un quart de sang indien pour être identifié comme un Natif, ce qui va souvent à l’encontre des règles de chaque tribu et laisse finalement peu de place pour le mélange des cultures.

Les différentes cultures Amérindiennes en Alaska

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J’ai commencé à voir derrière le voile du silence ce qu’il y avait à propos de nos cultures de notre histoire. J’ai appris dans d’autres lieux qu’à l’école, que nous étions un peuple courageux et indigène qui avait construit une vie riche dans de difficiles conditions climatiques.

Martha Demientieff
Le Nord

Les Inupiak (le vrai peuple). Installés dans des forêts, de larges vallées, des montagnes, des dunes ou des plages de sables, chacun vivait près d’un cours d’eau salé ou non. Leur éducation traditionnelle se basait sur leur compétence à survivre : chasse et navigation en toute circonstance et sur tous les terrains, grâce à leurs connaissances en astronomie, les courants océaniques et éoliens.
Particulièrement traumatisées par la rudesse du système éducatif américain, les anciennes générations ont adopté l’anglais pour parler à leurs enfants, espérant rendre leur futur plus facile, ce qui a en partie détruit le système éducatif traditionnel. Les nouvelles générations souhaitent aujourd’hui promouvoir la culture de leurs ancêtres tout en s’intégrant au monde moderne, ce qui est parfois rendu difficile quand on sait que la base de leur culture s’axe autour d’une tradition de survie en milieu hostile, aujourd’hui largement amélioré par les nouvelles technologies.

Les Yupik de l’île de St Laurence. Bénéficiant d’une position stratégique dans le détroit de Bering, ils ont gardé à travers l’Histoire une relation particulière avec les Yupic de Sibérie. Même après l’émigration des uns, leurs deux peuplades sont restées en contact aussi bien culturellement que par le commerce, inter-échangeant leurs traditions muables au fil du temps. Sur leur terre au cœur de l’océan, ils se nourrissent toujours essentiellement de la pêche : baleines, loutres de mer, etc… ; et préservent leur culture comme ils l’ont toujours fait.

Le Sud Ouest

Les Yup’ik et Cup’ik. Ces peuples Eskimo ont vécu dans la même région depuis 10 000 ans. Selon eux, la terre est vivante. Chaque chose de l’univers, telles que la terre et l’eau, est vivante, puisqu’elles-mêmes sont sources de vie : faunes, légumes, poissons, mammifères marins, etc… Ils vivent en parfaite harmonie avec leur environnement, s’adaptant et respectant ses particularités. Leurs règles de conduite sont toujours définies pour le bien de la communauté, dans un profond respect du bien de l’autre et par la sagesse des membres les plus âgés afin d’équilibrer travail, loisir et apprentissage.

L’Arc Sud

Les Sugpiak, ou Alutiiq, sont répartis sur l’île de Kodiac et sur la côte Sud, pendant que les Unangax, ou Aliguutax, que les Russes appelèrent Aléoutes, se concentrent sur les îles Aléoutes. Ces deux tribus, installées là depuis 1000 ans, furent les premières à être en contact avec le monde occidental au début du XVIIIème siècle et donc les plus touchées.
Certains évènements ont néanmoins permis aux Sugpiac de ranimer la flamme de leur culture et de restaurer leur culture. Quant aux Unangax, si leur culture fut complètement bouleversée et remodelée par l’arrivée des Occidentaux, ils ont réussi à garder une continuité avec leurs traditions vieilles de 7000 ans.

L’Intérieur

Les Athabascans. Plus large population de l’Alaska, aussi installée sur la côte pacifique canadienne et américaine, jusque dans les états les plus au Sud des Etats-Unis, elle possède onze langues différentes, toutes apparentées à la langue de Dene. Le cycle de vie de ces communautés suit encore le cours des saisons : l’automne est le temps de la chasse à l’élan ou du caribou ; l’hiver est plus propice à la couture et à l’activité des trappeurs afin de notamment préparer la cérémonie du « give away » ; au printemps, on chasse les oies ou les canards ; et à l’été enfin, on construit, on pêche, on cueille des baies sauvages. La tradition Athabascans maintenait l’unité du monde spirituel et du monde naturel partant du principe que chaque chose a un esprit et que tout est connecté.

Le Sud Est

Les Eyak, basés à l’embouchure de Copper River, sont des cousins éloignés des Athabascans puisque l’on trouve des liens entre leurs langues et leurs cultures.

Le peuple Haida (le bon peuple) trouve ses origines et la richesse de sa culture sur les îles d’Haida Gwaii où il a prospéré pendant des millénaires. L’arrivée des Occidentaux a entraîné nombres de destructions : ils ont perdu leurs connaissances ancestrales, leur identité, et donc la confiance qu’ils avaient en eux et en leur valeur. Cependant, l’art les ramène aujourd’hui peu à peu à leurs racines.

Le peuple des Tsimshian se compose de quatre clans : les corbeaux, les aigles, les loups et les tueurs de baleines, qui parlent selon eux le « vrai langage » Shim-al-gyak. Installés dans la région de Metlakatia (AK), on en trouve aussi quelques-uns en Colombie Britannique (Canada). On connait essentiellement de leur culture leur canoë en bois, la graisse d’eulachon  (une variété de poissons) et leurs couvertures typiques.  Leurs mythes répondent à des questions universelles : d’où vient le vent ? Qui envoie le saumon remonter le courant en sens inverse année après année ? Qui a créé le soleil et la lune ?

Les Tlinglit sont installés au sud de l’Alaska depuis des temps immémoriaux. Divisés en deux clans ou moetis, les corbeaux et les aigles, eux-mêmes répartis en clans familiaux composés de différentes maisons tribales, la force de leur culture se nourrit de leurs racines, leur équilibre social et spirituel est maintenu par leur respect de la terre et du milieu sauvage qui les nourrit, en l’occurrence les forêts de cèdres et les eaux côtières. Ils ont subi beaucoup de changements dans leur culture mais ils ont réussi à en garder l’essentiel grâce à la longévité de leurs cérémonies.


6 réflexions sur “Il était une fois l’Alaska

  1. Ce que j’aimerais savoir c’est de quand date la légende évoquée au début, car elle induit certaines connaissances qui sont plus récentes que 12 à 14 000 ans… et qui dit connaissance, dit que tous les hommes ne les connaissaient pas.

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  2. La race humaine des « mangeurs de terre », « mangeurs d’atmosphère », « buveurs d’eau » (et pas que pour les plus déprimés d’entre nous). Respectons cette légende d’un peuple à la pensée sacrée et sauvons la planète que détruisons depuis trop longtemps ! Amorçons la transition vers une démographie durable

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