Origines

Hier dès l’Aube. Hier depuis la Nuit…
Alors qu’il n’y avait ni Aube ni Nuit, qu’il n’y avait ni Ciel ni Terre entre lesquels poser un horizon.
Etait le Chaos. Silencieux et Ténébreux. Le Grand Désordre.
Hier dès l’Aube, hier depuis la Nuit, était l’Océan. Infini et Intemporel. L’Eau Primordiale.
Noun Apsou Chaos Narayana Tiamat Muspilheim. Quel que fut ton nom. Tu étais. Non pas le Néant. Cette absence de Tout. Mais bien l’abondance désordonnée. Erratique. Un vaste mélange. Un Néant bel et bien vivant. Fourmillant de milliers de millions de particules invisibles et indivisibles.

Invisible.

Indivisible.

Le Chaos océanique dansait avant l’émergence du Grand Tout. L’Océan chaotique se mouvait dans un éternel ressac. L’existant s’entremêlait. S’interpénétrait. Les éléments indissociables et indéfinissables préexistaient. Tout azimut. Sans public et sans dessein. Dans une abondance désordonnée. Ou bien étaient-ils inertes ? En attente avant le Grand Commencement. Posés là dans le silence et les ténèbres. Fondus ici dans l’infini et l’intemporel. Non pas en conflit avec l’ordre mais en synergie avec la promesse patiente renfermant l’avenir. Immobiles dans la fixité du mouvement.
En suspend ou en tourment, tout était là. Indescriptible. Imperceptible. Prêt pour le jaillissement.
Quand soudain. Cet espace-temps sans forme ni cadran. Par ce soudain, marqua l’espace et le temps. Car soudain, ce Néant empli d’un Tout bourdonna du silence trop éternel. Cet Océan chaotique régula son mouvement. Ce Chaos océanique prit corps. C’était comme une vague. Quelque chose était en train de naître. Quelqu’un ? Une essence divine. Seule une essence divine avait la puissance d’organiser cette promesse d’avenir contenu depuis la Nuit de l’Aube. Invisible et Indivisible. Indissociable et Indéfinissable. Dans les particules océaniques du Chaos. Une immersion pour être. Un engloutissement pour exister. Ces milliers de millions de particules s’immergèrent dans l’obscurité afin de pouvoir naître. Une tempête d’eau et de ténèbres.
Submergées par les pluies et les lacs qui n’étaient pas encore. Elles jaillissaient. Englouties par les mers et les nuages en devenir. Elles étaient un. Noyées par une eau violente. Elles étaient multiples. Le signal sans appel que la transformation était à l’œuvre. Elles étaient partout. Elles n’étaient nulle part. Le véritable Chaos de la première contraction avant l’éclosion. Elles étaient la vie. Elles composaient un bruit d’orage pleurant comme une mélopée. Sur l’absence encore du premier jour du monde.
Gigantique.
Et que la Lumière fut !
Les ténèbres luminaient de quelques lueurs. On devinait l’Aurore qui naissait de la Nuit.
Et que la Matière fut !
L’eau primordiale épousait les contours d’un corps. On devinait la Structure qui dessinait le Vivant.
Atoum. Pan Gu. Partholon. Puruska. Nommo. Cipactli.
Une flopée de monstres sacrés contenus dans une multitude de noms. Uniques pourtant. Emergèrent du Grand Avant. De l’Océan du Chaos. Et avec eux des milliers de millions d’autres particules invisibles et indivisibles réparties en quatre éléments originels. En quatre éléments prémonitoires. Le Feu. L’Air. L’Eau. La Terre. Des milliers de millions d’autres particules invisibles et indivisibles divisées. Enfin. Sans conscience apparente. Indéchiffrables pour le Monstre Sacré qui venait de s’en dissocier. Seul au Monde. Doté d’une Conscience Nouvelle. Chargé du Chaos qu’il n’avait pas encore rendu intelligible pour lui-même.
Atoum. Pan Gu. Partholon. Puruska. Nommo. Cipactli. Etait né.
Avide de se faire démiurge de l’avenir. De sculpter ces milliers de millions de particules invisibles et divisibles avec lesquels ils dansaient jadis indissociables et indéfinissables. Ouranos et Gaïa. Afin de les reconnaître à nouveau. Chou et Tefnout. Dans le seul espoir de se tenir compagnie. Tiamat et Kingu. Parfaitement incapable de les comprendre à présent pourtant.
Cet Être Originel. Ce premier Monstre Sacré. Dessina sa propre finitude. Il s’était posé des contours titanesques puisqu’il s’était nommé par le Verbe et inscrit dans la Matière. Mais il était toujours habité par le Chaos. Par Noun Apsou Narayana Tiamat Muspilheim. Quel que fut son nom.

Dont il confia les mémoires à l’océan qui l’habitait.

Porteur à jamais de l’Origine.

Justine T.Annezo – 11 janvier 2022 – GTM+1


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