Impression soleil des nuées

Ainsi, après ma nuit à Letterkenny et mon road trip d’auto stoppeuse, je me dépose finalement à Malin Head, énorme rocher d’où je distingue encore l’Irlande entre les rayons du soleil et les vagues affranchies. 
Le Donegal réveille un peu mieux ma tristesse. Alors que je marche dans le jour gris qui ne laisse pas de place au déroulé des heures, je me sens triste pour une indicible raison, comme lors de mon été des pluies. Alors, je reconnaissais moins mes tourments et mes errances. A présent, je les comprends mieux et me demande si la terre du Donegal ne contient pas réellement une puissance extrême et concentrée qui révèle nos âmes toutes entières. Mon être est ce qu’il est, d’une tristesse et d’une joie infinis à chaque instant, mais la force tellurique du Donegal lui apprend ses émotions profondes, ses aspirations invincibles.
Ma nostalgie très vite soufflée par le vent de l’Atlantique Nord, je découvre un paysage qui donne raison à ceux qui compare l’Ecosse à l’Irlande. Ce morceau vert de gris possède la même rudesse que les Hautes Terres Ecossaises. Je suis toujours éblouie de découvrir la variété des paysages qu’offre l’Irlande, de reconnaître leurs caractères dramatiques. Ils ont tous une identité commune et pourtant se distinguent intimement les uns des autres. Il est étonnant de passer du Kerry gentiment bucolique aux montagnes accidentées de Sligo en traversant le désert rouge du Mayo pour terminer sur les falaises noires du bleu de Malin Head. Et chaque tableau irlandais, quelle que soit sa nature – que ses étendues s’élèvent vers le ciel ou qu’elles se noient dans la mer -, tous me bouleversent irrévocablement. Cela, en omettant la tragédie qui se cache au cœur des champs de tourbe.
J’oscille entre beau et gros temps, entre pluie à gros flocons et pluie à lourdes gouttes, et je parcours le dernier morceau de République avant le Royaume-Uni à l’Est. Je suis heureuse de délaisser le confort à moteur de l’automobile pour retrouver la lenteur de la marche à sensations. Le vent du jour. L’océan fou. Les nuages en batailles. Les pensées de l’instant. Les pensées éternelles. La tourbe brillante de soleil. La terre mauve du ciel. Le ciel rose de la roche. 
Je découvre de nouvelles plages sauvages qui me rappellent celles du Pacifique, j’escalade les roches de tourbe asséchée dans lesquelles se cachent des maisons en cartons posées à l’abri pour accueillir les Travellers, j’erre infiniment et doucement au sommet des champs de cormorans. Mon corps est épuisé du vent nordique.
Je profite alors d’une automobile voyageuse afin d’élargir mon champs de connaissance, d’agrandir mon regard sur la péninsule. Eblouie par les plages abandonnées et les falaises noires et rouges, bouleversée par les morceaux de terre qui se dévoilent au caprice des nuées, étrangement émue par le bateau déposé sur l’océan placide du haut de la tête d’Inishowen comme dans un tableau de Monet, mes envies de me perdre dans mes écrits bienvenus me reprennent.
Je m’attarde un moment plus long sur ce bout du monde, livrée à ma solitude heureuse. Le temps s’étire et prend le temps d’être infini afin de réaliser mon rêve d’écrivain : écrire toute la journée face à une fenêtre muable qui m’offre de beaux sujets, dans un endroit totalement isolé du reste du monde. Je me sens à ma parfaite place sur Terre, je ne veux plus jamais partir. Je me laisse doucement bousculer par le battement de mon cœur qui me dirige instinctivement vers mon désir : il est temps d’en finir à présent.

Contours de l’océan aveugle
Cargo déposé sur l’eau
Mouvant
Des falaises à la baie
Solitaire
Au milieu du désert

Contours de l’océan aveugle
Gris à l’horizon
Cargo rouge et bleu
Avance sur la houle immobile
Voyage immortel
Du matin sans heure

Suspendu au bord du vertige
Agrippé aux roches sauvages
La silhouette est appelée par le vent d’Ouest
Transpercée par le bateau en partance

Les flots immuables
Reflètent son désir perdu
Son voyage abandonné

Bateau invisible
La carcasse en fer s’enfuit vers la mer
Destination inconnue
Pour son âme rêveuse

Janvier 2019

Si cet article vous a plu, je vous invite à lire la conclusion de mes premiers récits internationaux

EPILOGUE


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