La Reine aux cheveux rouges

Knocknarea Mountain

Elle était telle une flammèche exaltée par la pulsion de vie qui tambourinait en elle, prête à s’exalter en un immense brasier. Elle sentait le vent dans ses cheveux rouges, le feu dans ses jambes au galop, la puissance de son ventre en fusion, la force de son corps en tension. Elle était mue par la nécessité d’agir, par le devoir de courir. Il n’était pas temps de penser, de peser, de négocier. Plus rien n’avait d’importance. Seul cet instinct primaire, seul cet élan inné, de protéger les siens et assurer leur avenir, lui dictait son mouvement. Il n’y avait pas d’autres choix que de combattre, contre toute raison, contre tout discours. Ainsi, elle courrait. Flamboyante et victorieuse. Maîtresse de sa course et des éléments. Prête à tout pour préserver la vie vulnérable qui se déployait en elle. Ainsi, elle courrait. Au-devant de la peur. Déterminée et courageuse. Pour défendre la vie en laquelle elle croyait. Pour protéger les possibles de l’avenir. Pour donner une chance à tout ce qui lui restait à construire.

Elle n’était plus le Feu, elle incarnait l’incandescence. Celle, primordiale, qui assure l’élan incompressible de la vie Elle n’était plus l’arme, elle personnifiait la guerre. Celle, libératrice, qui agit aux ordres de l’instinct. Elle flamboyait, porteuse de cette course irréfléchie, risquée mais honnête. Elle flamboyait, certaine de sa bataille et de sa victoire. Ici se jouait sa destinée. A cet instant-là, au plus haut de sa course, il n’y avait plus de corps ni de limite, que ce feu combatif qui brûlait toute opposition dans son sillon, laissant après son passage les cendres témoins de sa souveraineté.

Elle était en symbiose absolue avec sa nature profonde. Avec cet élan indomptable que nul ne pouvait soumettre et surtout pas elle. Elle était au sommet de sa puissance. Insouciante des conséquences. Rien ne pouvait arriver puisqu’elle se battait, avec passion pour ce à quoi elle croyait. Rien ne pouvait arriver puisqu’elle était en action. Impatiente et certaine du bienfondé de sa guerre.

Vengeresse, il y a avait presque quelque chose de primitif dans cette course qu’elle ne pouvait plus arrêter, dont elle se sentait devenir prisonnière. Ferait-elle partie des cendres qu’elle égrenait derrière elle ? Etait-elle en train de faire feu de tout bois ? Feu de tout Être ? Feu d’elle-même ? Il n’y avait pas d’espace pour ces interrogations-là ! Il y en allait de sa survie, de celle des siens. Elle galopait encore plus loin, plus vite, pour échapper à ces craintes qui auraient pu la rattraper. Elle flamboyait, consumée par cette course irréfléchie, risquée mais honnête. Elle flamboyait, embrasée de sa bataille et de sa victoire. En cette course, en cet instant, se jouait la destinée de Macha, la Reine aux cheveux Rouges.

D’après les contes celtiques sur la Déesse irlandaise Macha Mong Ruad

Knocknarea mountain

Justine T.Annezo – 3 avril 2022 – GTM+2


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