Ma recette d’écriture

ma recette

Je ne sais pas s’il existe réellement une recette du bon écrivain, de la bonne autrice.

Lorsqu’il a fallu que je sélectionne une maison d’édition où envoyer mes manuscrits, on m’a conseillé de regarder les livres qu’il y avait dans ma bibliothèque pour contacter celles qui éditaient les livres que j’aime.

Trois problèmes se sont alors posés…

Quand je suis partie en voyage il y a 7 ans, j’ai vidé ma bibliothèque (comme tout mon appartement à vrai dire !). Pas de quartier : j’ai vendu ce que je pouvais vendre, donner ce que j’avais envie de donner, pour garder le moins de carton possible dans mon box à louer. Ainsi, ce qu’il est resté de ma bibliothèque n’était que les rebus dont personne ne voulaient. Absolument pas représentatifs de mes véritables goûts littéraires.

Vous allez me dire : « t’es bien mignonne, Justine, mais c’était il y a 7 ans ! Tu vas pas me dire qu’en 7 ans tu n’as pas eu le temps de regarnir ta bibliothèque ?! » C’est là qu’intervient mon 2ème problème : j’ai de plus en plus de mal à lire, de moins en moins d’espace à rêver… J’ai du mal à me plonger dans une histoire, sans cesse en train de penser à celles que je « devrais » être en train d’écrire. J’ai du mal à y trouver du plaisir passant mes journées à relire mes propres textes pour les corriger. Ma bibliothèque ne s’est donc pas tant replumée que ça.

Après que cela ne tienne, je sais quand même quels sont les genres de livres que je lis. Et là, dernier problème : les autrices sont mortes et enterrées (Jane Austen, Charlotte Brontë et Marina Tsvetaïeva en tête) ou hors frontière (Sally Rooney mon inspiratrice, cœur sur elle) ; les auteurs sont tout ça à la fois (Rainer Maria Rilke si tu m’entends) ; leurs maisons d’éditions ne peuvent donc rien faire pour moi.

Cette petite introspection m’a néanmoins permis d’identifier le point commun de mes lectures : une plongée en eaux profondes dans l’âme humaine. Dans tout ce qui nous traverse sans qu’on puisse le comprendre. Et encore moins le dire. Il nous faut fatalement quelqu’un, quelqu’une, d’autre pour nous l’écrire.

Les livres qui m’ont bouleversée sont hors du temps car il parle de l’universalité qui nous traverse le sentiment, qui nous renverse l’âme. Ils s’inscrivent pourtant dans un monde réel qui pourrait me ressembler, dans un monde inconnu à la fois décor et représentation de ce que les personnages survivent.

Ainsi, la littérature que j’aime, celle que je lis et indubitablement celle que j’écris, est une littérature du réel. C’est une écriture contemplative de ce qui nous meut en tant qu’humanité.

Il est donc tout naturel que ma matière première d’écriture soit ce(ux) qui m’entoure…

C’est comme ceci que s’est d’ailleurs construit mon recueil de nouvelles (oui, celui avec lequel je vous bassine depuis une semaine, celui qui a été inspiré par un défi d’écriture que je me suis lancée en 2023, celui qui a été édité chez les Bonnes Feuilles, celui que je vais encore une fois vous inviter à commander à la fin de ce billet !) : avec des morceaux de moi, avec des bouts de vous, avec des instants de nous…

Il y a toujours une part de vérité dans ce que j’écris.

Parce que cette vérité me fascine ! Comment un instant de vie est vécu, façonné, digéré, transformé, par l’être qui le vit, par celles et ceux qui le regardent ?

Parce que faire des puzzles avec tous ces morceaux de vie m’amuse intrinsèquement… Quand je me lance, je ne sais pas quelle anecdote je vais m’approprier pour donner corps à mon récit, pour donner matière à mon personnage. Quand je me lance, c’est cet instant de grâce que je quête : lorsque l’écho se faufile entre mes mots plus ou moins consciemment comme une illumination de l’esprit.

Et c’est pour cela que ce recueil a tant compté : je n’avais aucune idée préconçue sur ce que j’allais faire. Avec ce recueil, j’étais plus jardinière qu’architecte (et pourtant, je n’ai définitivement pas la main verte ! RIP mes plantes de 2023) : je semais à tout vent et j’étais la première surprise de l’étonnante fleur qui poussait (alors qu’avec mon roman, je suis définitivement architecte : les plans sont pensés au millimètre près et j’ai parfois du mal à poser les cloisons !). Et c’est pour cela que ce recueil a tant compté : comme je l’ai déjà écrit, il m’a reconnecté à la joie et à la spontanéité de l’écriture, si bien que maintenant, j’essaie de faire cohabiter la jardinière et l’architecte en moi pour venir à bout de mon roman (mais c’est une autre histoire !).

Ainsi, dans ce recueil, vous retrouverez un personnage très largement inspiré de ma mère, des citations mot pour mot de mon beau-père, des instants de vie de mon père, des expériences de vie largement instillées par ma cousine, des traits de caractère complètement piochées chez mes sœurs et frère, des blagues de mon autre beau-père, la maison de l’une de mes amies, des vies étrangères, et tout ce qui s’est infiltré inconsciemment.

Et c’est pour ça que l’épigraphe leur ai dédié : à toutes celles et tous ceux qui, sans le savoir, ont fait don d’une mémoire pour que j’en fasse une histoire (alors, vous savez ce qu’il vous reste à faire : rendez leur honneur et commandez votre exemplaire !).

Je ne sais pas s’il existe réellement une recette du bon écrivain, de la bonne autrice ; mais je sais que la mienne va inépuisablement puiser dans la vie.

livre etagere

Justine T.Annezo – 29 septembre 2025 – GTM+2


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