CARTE BLANCHE #38

J’ai une (très) bonne mémoire des dates. En fonction du temps qui a passé entre l’évènement et moi, je peux le resituer au jour ou au mois près. Parfois, il n’y a même pas besoin d’évènement en particulier, je peux situer les jours ordinaires, quotidiens ; les jours de rien. Je sais donc exactement ce que je faisais, où j’étais, ce que je ressentais, le 9 octobre 2025 mais aussi en octobre 2018.
Comme une petite commémoration personnelle.
D’ailleurs, quand on m’a demandé un jour (la première semaine de janvier 2022 si vous voulez tout savoir – peut-être même le 1er janvier mais je mettrais pas ma main à couper) quel était mon super (et inutile !) pouvoir, j’ai dit : « situer un évènement au mois près ».
Ma vie, dans ma mémoire, se présente sous forme de frise chronologique d’Histoire.
Si bien que ça marche aussi dans l’autre sens : je ne peux pas me souvenir d’un évènement ou d’un jour ordinaire si je n’arrive pas à le situer dans le temps.
Cette mémoire temporelle et super précise m’aide à m’ancrer mais elle peut aussi se retourner contre moi : le jour d’aujourd’hui est chargé de la mémoire précise du jour d’il y a un an, deux ans ou plus. Je me souviens des jours heureux comme des mois pluvieux et ça colore à mon insu de mon plein gré chaque jour d’une mélancolie plus ou moins douce.
Chaque jour devient un rendez-vous avec mon histoire. Avec les heures joyeuses qui sont envolées. Avec les baisers fiévreux qui sont effacés. Je peux les recontextualiser à l’heure près et constater que l’heure de maintenant est vide de ces instants.
Comme une triste commémoration du manque.
Justine T. Annezo – 9 octobre 2026 – GTM+2