BILLET D’HUMEUR #31

Dans les années 1920, post le conflit mondial que l’on appelait alors la « Grande Guerre » (depuis éclipsée par la Seconde Guerre mondiale), naissait la Génération Perdue. Le concept, pas les hommes et les femmes qui la composaient. Ce mouvement était né des horreurs de la guerre et d’une sensation qu’il n’y avait rien à attendre de l’avenir… Pour 39,6 millions de raisons*.
Il y a quelques jours, je suis tombée sur une article de Courrier International qui titrait : « Ce qui lie la jeunesse européenne ? son manque de foi en l’avenir »… Et je me suis demandée, si dans notre manie de constamment répéter l’histoire, nous n’avions pas créer notre propre Génération Perdue du XXIème siècle ?
Pourtant, lorsque j’étais en manif jeudi – ou plutôt que j’étais empêchée de manif jeudi, par les gaz lacrymo, la nasse, les centaures et autres sommations ! -, je me suis émerveillée de la joie de la jeune génération. Cette Gen Z qui est heureuse de s’unir à notre Génération Y comme elle le clame sur certaines pancartes. A un moment donné, j’ai même eu l’impression d’être en teuf tant la musique électro me battait dans les tympans, tant la foule dansait à tue tête. Tandis que moi, j’étais en train de me statufier sur le pavé, coupée de tout espoir, anéantie par le pouvoir.
« On a failli faire la révolution » a lancé l’un de mes comparses de la Génération Y d’un air pince sans rire qui a provoqué l’éclat d’hilarité dont j’avais bien besoin dans mon désespoir. « Mais on cherche encore la méthode ».
C’était juste sans être cynique, c’était vrai sans être pessimiste.
Autour de nous, la Gen Z continuait à chanter, danser, à m’en donner la chair de poule et des sanglots doux et amers à la fois. Doux car, comme dirait ma cousine, « la relève est assurée » ; amers car j’ai bien peur que ce ne soit pas suffisant quand je constate la violence qui est opposée face au pacifisme.
Et soudain, malgré la titrage de Courrier International, je me demande si je ne me suis pas trompée d’une génération pour parler de perdition… Après tout, Ernest, Zelda, Sylvia, Henri** et les autres étaient né.e.s entre 1883 et 1900 ; et nous Génération Y, Génération de l’entre-deux, sommes né.e.s entre 1983 et 2000. Le compte est bon !
Et même si les dates n’étaient pas les bonnes, je me sens définitivement perdue dans mes luttes et mes espoirs… Même si Courrier International parle d’autres que moi, je manque de foi face à mon avenir qui a rétréci au lavage des années avec l’âge…
J’ai toujours voulu être de la Résistance mais j’ai toujours été trop en avance sur mon temps, alors me voici donc, dans notre manie de constamment répéter l’histoire, de cette Génération Perdue du XXIème siècle. Tant pis pour moi !
Peut-être que ce que contre quoi je lutte depuis mes 20 ans était trop diffus jusqu’à présent… Les contours s’épaississent, s’obscurcissent et se fachisent ! Ce n’est pas « que » la volonté qui fait le ou la résistante, c’est le contexte : la Gen Z a 3 648 milliards*** de raisons de lutter contre le pouvoir, de s’armer pour la Résistance.
Alors, encore une fois, j’écris à mon tour**** quelques mots d’amour à la Gen Z, je dis merci à celles et ceux qui font front « pour les adultes trop fatigués pour crier encore ».
Merci d’être dans la rue malgré vos/nos fragilités, vos/nos tristesses.
Merci de garder la force quand j’ai perdu l’espoir.
Ensemble, peut-être, nous raviverons le courage, nous ressusciterons la liberté.
* C’est le nombre que l’on atteint quand on ajoute les 9,7 millions de militaires tués, les 8,9 millions de civils qui ont péri et les 21 millions de personnes blessées.
** Ernest Hemingway, Zelda Sayre Fitzgerald, Sylvia Beach, Henri Miller
*** Montant de la dette publique en 2026
**** CF la lettre ouverte de Shanice Mendy sur Mediapart
Justine T. Annezo – 7 novembre 2026 – GTM+1