Aller prendre l’Alzeau avec Pierre, Paul et Riquet

La première fois que j’ai entendu parler de la « Prise d’Alzeau », j’ai tout de suite pensé à la guerre, j’ai tout de suite pensé à la prise d’Arcole… C’est, en fait, beaucoup moins grandiloquent, même si l’obélisque élevée en l’honneur de Pierre-Paul Riquet voudrait nous faire croire le contraire. Car, si la Prise d’Alzeau en est le point le plus éloigné (60 km de trajet) de toute l’infrastructure que constitue le Canal du Midi, il est bel et bien l’endroit où Monsieur Riquet s’empara des eaux de la Montagne Noire (à ses risques et périls !!!) pour les faire courir sur 24 km dans la petite rigole de la Montagne Noire qui viendrait alimenter le Canal du Midi.

Printemps comme été, la ballade qui mène du bassin de Saint Denis jusqu’à la Prise d’Alzeau est aujourd’hui devenue l’une des favorites pour me remettre en jambe et/ou m’aérer l’esprit par une marche facile et dépaysante entre copines ou en famille. Je vous en partage donc quelques enjambées choisies cet après-midi.

La Prise d’Alzeau et un brin d’Histoire…

L’Alzeau, c’est un petit ruisseau de la Montagne Noire qui prend sa source sur le Col de la Croix de Fer et descend jusqu’à Montolieu, le « village du livre », délimitant par son tracé les départements du Tarn et de l’Aude.
Bénéficiant d’une pluviométrie abondante et régulière tout au long de l’année, la rivière était le cours d’eau idéal pour alimenter de manière constante le Canal du Midi qui galope de Toulouse jusqu’à la Méditerranée, et solutionner les impossibilités auxquelles Pierre Paul Riquet se heurtait, malgré son esprit ingénieux, pour remplir son Canal : l’eau des Pyrénées était inaccessible en raison du relief, l’eau des rivières importantes était indétournable à cause de l’infranchissable seuil de Naurouze. Cependant, Riquet n’était pas au bout de ses peines : quand sa parfaite connaissance du secteur lui donna l’idée de détourner les eaux de la Montagne Noire, peu pensaient que l’Alzeau aurait un débit suffisant pour bien alimenter le canal. L’entrepreneur occitan dut alors creuser une « rigole d’essai » à ses frais, ce qui lui permit finalement, après de longs mois à mûrir le projet, d’obtenir l’autorisation du roi pour creuser la Rigole de la Montagne qui alimenterait le Canal du Midi. Les travaux débutèrent officiellement en janvier 1667.

La Prise d’Alzeau et un moment de bucolie…

Bassin Saint Denis

Aujourd’hui, la prise d’Alzeau, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco, est le point de départ de plusieurs ballades bucoliques, comme le sentier le long de la rigole jusqu’aux Cammazes et son passage sous la voûte de Vauban, ou bien l’itinéraire à travers la forêt de Ramondens jusqu’au bassin de Saint-Denis.

Pour ma part, je prends toujours le chemin à l’envers depuis le bassin de Saint-Denis… Une fois garée, je traverse le barrage et je suis le sentier à ma droite le long du lac. Quand se présente à moi, un petit pont mignon, je poursuis le long le rivière afin d’enfourcher l’Alzeau façon Pierre-Paul Riquet et je remonte jusqu’à la fameuse Prise d’Alzeau. Le long du chemin, je suis transportée de forêts romanesques de Brocéliande aux forêts vierges des Amériques, je fais le tour du monde en deux heures de marche, je converse avec les libellules et me laisse bercer par le bruit de l’eau le long de mes pas.

Arrivée à destination, je me trouve face à une charmante Maison de Garde aux volets verts, elle aussi classée monument historique. En effet, la présence d’un barrage sur l’Alzeau servant à capter les eaux de cette rivière pour les mener dans la rigole de la Montagne Noire nécessita très tôt la présence permanente d’un garde sur place. Construite au début du XVIIIème siècle, la chaumière fut utilisé en l’état jusqu’en 1851 lorsque son état de délabrement exigea des rénovations. En lieu et place de réaménagement, un projet de complète reconstruction fut présenté en 1853 et finalisé en 1854. Le poste de l’Alzeau étant assez isolé, la mise en place de systèmes de gestion de l’eau semi-automatisés a été réalisée au début des années 1990 et a rendu la présence d’un garde facultative. La bâtisse illustre aujourd’hui parfaitement, dans cet endroit particulièrement excentré, la vie intense qui existait jadis autour du Canal du Midi et des diverses infrastructures qui s’y rattachent, ainsi que le nombre d’employés indispensables à son bon fonctionnement !

Tipi audois © photos : les_escapades_de_caro

L’esplanade devant la maison offre un chouette lieu de pic-nic, bien que je lui préfère toujours – pour l’instant – les plus proches parages du ruisseau et une cabane de sorcière (légèrement en amont sur la ballade) pour tout abri… Une fois repue, j’ai alors deux options : rebrousser chemin sur le même sentier (ce que je fais parce que je ne comprends pas google maps mais je ne désespère pas de changer mes habitudes) ou bien alors prendre les chemins buissonniers le long de la Rigole de la Montagne Noire (ce que je vous conseille) dont l’intersection suivante reconduit le long de l’Alzeau permettant de prendre à rebours et sur l’autre rive, le bassin Saint Denis en traversant le petit pont délaissé à l’aller.

Sur le pont de l’Alzeau © photos : les_escapades_de_caro

Une fois revenue au bassin de Saint-Denis (complètement à sec en ce moment), je fais toujours une dernière halte aux quelques chutes d’eau qui se cachent derrière le barrage et qui promettent de nouvelles rêveries hypnotisées par le vert luminant de la végétation alentour.
Pour informations, le barrage de Saint-Denis offre lui aussi un tout autre panel de ballades (vers Fontiers-Cabardès, Villaret et Brousses) si vous êtes encore en jambes…

Les secrets du barrage

La Prise d’Alzeau et le point de départ d’autres aventures…

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’Histoire du Canal du Midi et ses ouvrages d’art, je vous conseille de prendre contact auprès d’André Authier qui organise, en partenariat avec Le Salon de Vauban aux Cammazes, des parcours « Culture et Gastronomie » à travers la Montagne Noire, dont je vous parlerai plus en détails très prochainement après l’avoir moi-même expérimenté.

En attendant, voilà ce qu’André nous promet : 40 kms sur des petites routes et chemins forestiers carrossables, à vélo ou en voiture, de Saint Denis aux Cammazes pour suivre la Rigole et découvrir ses principaux sites (Lampy Vieux, Lampy neuf, Le Conquet, La Gravette, Le Sor, etc…) avec une halte à la Voûte Vauban et un diaporama commenté sur le système d’alimentation en eau du Canal du Midi pendant le repas de midi.

Comment se rendre à la Prise d’Alzeau en voiture ?

Au départ de Carcassonne :
Vous suivez la direction de Montolieu, le « village du livre », par la route touristique interdite aux poids lourds. Une fois arrivé à Montolieu, il vous faut réussir à récupérer la D8 direction Saint Denis, juste avant le pont qui amène à Saissac. Mais si comme moi, vous loupez l’embranchement, ne vous inquiétez pas trop ! Vous pouvez continuer sur la D629 en direction de Revel et prendre à la prochaine intersection sur votre droite : la D103 destination Saint Denis. Une fois dans la petite bourgade, vous n’avez plus qu’à suivre les panneaux « Bassin Saint Denis » si vous souhaitez faire la ballade au départ du bassin ou les panneaux « Prise d’Alzeau » si vous souhaitez faire la ballade au départ de la rigole.

Au départ de Revel :
Vous suivez la direction de Carcassonne par la route touristique. Vous dépassez le lac de Saint Féréol et quelques kilomètres après Saissac, vous prenez la D103 sur votre gauche destination Saint Denis. Et après, vous suivez les panneaux !


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