Les fesses de Charlemagne

Et oui, il y en qui sont nés de la cuisse de Jupiter, il y en a d’autres qui ont tracé la fesse de Charlemagne ! On commence pas tous avec les mêmes chances dans la vie…. Pour ma part, j’estime qu’être née par un vent d’automne et que tracer mon chemin pas à pas, jour après jour, est un destin qui ne me fait envier ni la cuisse de Jupiter ni la fesse de Charlemagne et j’en apprécie chaque détour et jour d’orage. Mais là n’est pas le propos, je vous parlerai peut-être plus amplement de mon bonheur sur la Terre un autre jour, par l’un de mes billets d’humeur encore trop esseulés pour l’heure.

Pour aujourd’hui, revenons à nos grands hommes et à leurs parties charnues !

Par un jour de mai, l’une de ses journées où l’air devient subitement lourd et vous fait passer du printemps encore trop frileux à l’été sans transition – ce soir, après une semaine caniculaire où le mois de juin a battu ses records de chaleur pour la saison, ce mardi de mai aurait probablement été une promenade de santé mais alors, la brume de chaleur qui enveloppait le paysage et peut-être aussi un petit peu mon cœur, m’a totalement prise par surprise ; par ce jour de mai donc -, je décidai, avec l’une de mes compagnes de marche préférées, d’aller chevaucher la fesse de Charlemagne de nos longues et courtes pattes selon qu’on parle d’elle ou de moi, et de rencontrer Notre Dame de Carla qui surveille aveuglément le village médiéval de Lagrasse.

Le long de l’Orbieu

Nous avons ainsi d’abord enfourché notre vaillant carrosse et transpercé les magnifiques monts et vaux de Carcassonne à Lagrasse, ceux-là même que l’on nomme Corbières. Pendant ces instants infimes à sillonner le long des multiples ruisseaux, le but importait peu, le chemin déjà m’émerveillait. L’effet de surprise faisait probablement son oeuvre au-devant de ce paysage exotique qui nous donna toutes deux l’impression, à ma co-pilote et à moi-même, que nous aurions pu être en train d’arpenter la route d’un tout autre pays plutôt que cette départementale D3 franco-française.

Une fois arrivées à Lagrasse, dont le pont historique nous invitait, un peu avant l’heure, à sinuer ses ruelles intemporelles, nous décidions pourtant de laisser le village à plus tard, à notre retour de récompense après la marche. Nous entamions le parcours « un peu plus long que la fesse de Charlemagne » qui m’avait valu un fou rire intérieur la veille et dont le nom hilare avait été suffisant à nous convaincre de l’entreprendre. Pour la petite histoire, la légende raconte qu’alors que notre bon vieux Charlemagne promenait ses impériales fesses sur la colline, son cheval fit un faux pas ce qui projeta ce cher Charles cul par dessus tête avec pour tout amortisseur entre le sol et sa chute son postérieur fessu. Qu’est-ce que Charlemagne foutait dans la région, je n’en ai aucune idée ! L’empereur a, il est vrai, largement arpenté l’Europe, et plus particulièrement la France. Il a ainsi marqué de sa présence et de son intervention nombre de lieux, Lagrasse en fait visiblement partie… Peut-être y faisait-il une petite halte touristique après son siège de Carcassonne (dont je vous parlerai plus largement dans un futur article sur la ville classée Patrimoine de l’UNESCO) ?

Pour l’heure que l’impérial derrière de Charlemagne eut atterri sur la colline ou pas nous importait peu, nous étions lancées. La promenade est assez facile, plutôt agréable et sans paysage dramatiquement bouleversant, pourtant les quelques reliefs sont enchanteurs. Composés d’un mélange de végétations que je voudrais appeler, en herboriste mondialement reconnue, de la garrigue, et de pierres grises au loin, quand les dits-rocs ne prenaient pas des teintes rougeâtres dignes du Jardin des Dieux à l’entrée de Colorado Spring dans le Colorado, les panoramas me transportaient entre ici et ailleurs. La couleur du ciel et de ces rochers sous le soleil gris prenaient exactement les mêmes tonalités que dans mon souvenir de road-trip américain, les luminosités étaient jumelles et, si mes bras nus me rappelaient que j’étais en France, je savourais ce souvenir d’une autre version de moi, d’un autre morceau du monde que j’avais touché de mes yeux, de mes pieds et de mon cœur. Je me délectais de la mémoire de mes aventures du bout du monde qui m’appellent un peu parfois, comme une douce mélancolie, mais dont les murmures de retrouvailles à travers les miles se font moins tyranniques, rassurés par la certitude qu’elles viendront en leur temps.

Mais revenons au présent du mois de mai, qui est, de fait, déjà du passé aujourd’hui…

Nous déambulions entre les sillons rougis de la colline de Charlemagne, nous caressions les herbes hautes du printemps, nous saluions Notre-Dame de Carla, le point culminant de notre voyage, et le soleil perça finalement la chape de nuages pour accompagner nos bavardages de retour jusqu’au petit village de Lagrasse qui nous révéla enfin, à force de recherches, la raison de la présence de Charlemagne et de son morceau de fesse sur la colline…

Pépite minérale au creux de l’Orbieu, la cité médiévale est en fait l’un des nombreux rappels des pérégrinations de l’empereur et des marques qu’il a voulu laissées après son passage. A l’origine du développement du village se positionne, en effet, la puissante abbaye bénédictine fondée par Nimfridius, un important dignitaire ecclésiastique de la Gaule carolingienne, avec l’approbation signée en 778 par Charlemagne. Honnêtement et personnellement, en terme architectural, je trouve que certaine tour de l’abbaye est plus une verrue dans le paysage qu’autre chose (ça passe mieux de loin, derrière un arbre et en clignant des yeux), mais verrue ou pas, de la prospérité de l’abbaye a fleuri une cité célèbre pour son activité drapière : Lagrasse.
Cette cité commerçante, largement tournée vers l’artisanat, accueillait au Moyen-Âge le plus grand marché des Basses Corbières, dont la halle aménagée en 1315 au cœur du village témoigne encore aujourd’hui.
De notre côté, nous nous sommes gentiment laissées déambuler entre les ruelles après avoir franchi la Porte de l’Eau, seul vestige des anciens remparts, et avons apprécié la simplicité fleurie de ce petit village qui appelait à célébrer notre joyeuse journée par une pression en terrasse. Nous avions malheureusement un jour d’avance pour nous réapproprier cette habitude qui nous avait tant manquée. Nous étions le 18 mai…

Mais vous alors ? Sans masque et sans reproche, sans couvre-feu ni attestation, allez donc y promener votre âme assoiffée de bière de bon matin (après tout une récompense à la bière, ça peut aussi marcher pour midi !) si vous décidez d’y faire halte à l’été : la promenade n’est presque jamais ombragée, je déconseille donc fortement de s’y laisser cramoisir en plein zénith. A vrai dire, c’est une ballade que je vous invite à découvrir à la demi-saison, pour véritablement y prendre plaisir. Faites donc oeuvre de patience : attendez septembre pour finir votre été en beauté et garder quelque goût d’aventure dans votre rentrée des classes.

D’ici là, le Pays Cathare offre bien d’autres bijoux à vos pérégrinations

Description de la randonnée « Notre Dame de Carla », un peu plus longue que la « Fesse de Charlemagne »
10 km – 3h45 environ
Il y a plusieurs parkings possible à Lagrasse, le plus proche du départ est le P2, à proximité de la gendarmerie. Depuis la gendarmerie, emprunter la rue principale en direction du pont sur l’Orbieu. Le traverser en n’oubliant pas d’admirer le vieux pont sur la gauche.
Balisage Jaune et balisage Rouge et Blanc
(km 0.26) A l’intersection peu après le pont quitter, le bitume pour prendre le chemin qui grimpe en forêt, entre les panneaux de randonnée. Le sentier s’élève sur la crête en forêt. Il n’y a pas beaucoup de vue sur cette portion.
(km 1.31) Passer à proximité d’une construction en pierres sèches, le sentier se fait plus à plat et la vue s’ouvre un peu plus sur les paysages environnants. Poursuivre sur ce bon chemin encore un kilomètre.
(km 2.18) A l’intersection en T, tourner à droite sur la piste carrossable.
Balisage Jaune
(km 2.57) A l’intersection de 5 chemins, tourner à droite, quitter le GR® et continuer sur ce bon chemin environ 600m
(km 3.17) Au cairn, abandonner le chemin carrossable pour préférer un petit sentier qui s’enfonce à droite dans la végétation. Suivre ce sentier qui s’approche près du bord des falaises et continue jusqu’à retrouver une large piste.
(km 4.17) Emprunter cette large piste sur la droite pour atteindre en 300m Notre-Dame du Carla.
(km 4.43) Arrivé à Notre-Dame du Carla, il est possible d’en faire le tour et de monter à la croix afin d’apprécier une vue sur la vallée du Sou. Revenir jusqu’à l’intersection où l’on a trouvé la large piste sur laquelle nous progressons. Poursuivre à droite sur cette piste un kilomètre avant de retrouver le GR® qui suit une piste. L’emprunter sur la gauche sur 500m.
(km 5.96) A l’intersection suivante, tourner à droite sur la piste, en continuant de suivre le balisage du GR® et passer devant un puits. Au niveau du Lauza, tourner à gauche sur une bonne piste couverte par un tunnel végétal.
Atteindre l’intersection des cinq chemins rencontrée plus tôt (km 2.57) et emprunter la même piste qu’à l’aller jusqu’au croisement en T (km 2.18), quitter le GR® qui bifurque à gauche et continuer de descendre par la piste. Au bout de quelques dizaine de mètres, il est possible de couper les virages par un petit sentier assez pentu sur la droite, il rejoindra la piste carrossable plus bas. Par la piste, effectuer deux lacets, pour finir par descendre à flanc de colline. Durant toute la fin de la descente profiter de la vue sur le village et l’Abbaye de Lagrasse. Passer entre les cultures d’olivier et de vigne.
(km 9.84) Continuer tout droit à l’intersection avec la D41, la progression se fait désormais sur une route goudronnée, entrer dans le village de Lagrasse, passer à proximité de l’abbaye. Il est possible de faire la visite de la partie publique
(km 10.27) Suivre la D41 jusqu’au vieux pont à emprunter à droite. Continuer en face pour traverser le village et rejoindre le point de départ.

Source : Visorando

3 réflexions sur “Les fesses de Charlemagne

  1. Voilà chère amie quelques considérations qui semblent sortir de la cuisine à Jupiter.La légende dit que ce soit Charlemagne qui ait donné  ce nom de vallée Grasse à cette région  qui était jusqu alors au contraire nommée vallée maigre.la légende encore veut  qu’apres la conquête de Carcassonne Charlemagne traversa les Corbieres.Aucun texte n affirme que l empereur magnanime n est jamais venu ds notre région.Alors laissons le visiteur parcourir le nez en l air en tranquille découverte rues,ruelles pavées, halles maisons à découvert vestiges de rempart.Lagrasse est un village fortifié et le cœur des Corbieres. L’histoire alors retiendra qu au VIII siècle ,l abbaye fut fondée par l abbé Ninfridius de l ordre de St Benoit,charte conservée ds les archives de lAude confirme la fondation de l abbaye.En ce temps là, la septimanie,la région des 7 évêchés vient par 2 fois de changer de tuteur d abord les Arabes ensuite les Francs.Zlors comment redonner vie à un pays en friche,la légende guerrière devient ici merveilleuse car il faut anéantir la nouvelle maison de Dieu qui s élève sur les bords de l Orbieu.Et Charlemagne partit vers les Espagnes où il allait com battre l infidele sarrasin.Mais laissons cette foi populaire et quand la légende est plus belle que l histoire on raconte la légende.la situation de Lagrasse véritable frontière del’Aragon et de la France donna a cette abbaye un rôle de médiateur entre les 2 pays.Ce rôle d apaisement elle le joua ds le drame albigeois.Trop vaste sujet pour être abordé ici comme les alternatives grandeur et décadence de cette abbaye aujourdhui ouverte à la visite..À suivre…

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  2. De plus ce qu’il faut surtout rajouter c est que l Aude est une ancienne terre de christianisme.Apres la création d un évêché a Narbonne puis à Carcassonne VII siècle.le christianisme se généralise surtout avc l installation de Charlemagne(qui a eu cette idée folle un jour d inventer l l’école).C est a la même époque qu apparaissent les 1ers monastères le pays d Aude se couvre d »un manteau blanc d abbayes bénédictines L’on retrouve ainsi notre Sainte Marie de Lagrasse et si l envie te prenait d un besoin de pureté il te reste aussi ST Hilaire, St Polycarpe près de Limoux,St Marie de Montolieu,St Paul de Caunes Mvois,Ste Marie dAlet.Bref qques îlots de paix ds ce monde de brutes.A suivre..

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