Le miracle de Bugarach

Le Pays Cathare est une terre chargée de légendes et d’Histoire à l’origine d’une réelle fascination quand j’étais enfant. J’ai de vagues souvenirs d’être allée visiter des chateaux forts avec mon père (j’avais même reçu un diplôme de chevalier !) et ma mère a toujours nourri une passion incroyable pour les Cathares qu’elle m’a certainement indirectement transmise.
Pourtant, comme beaucoup de choses liées à mon pays, je m’en étais quelque peu éloignée ces derniers temps, allant chercher mon mystère au loin sur les terres celtiques, oubliant que la terre voisine ouvrait aussi une porte sur l’Ailleurs insondable. Comme quoi (et on se le répète en boucle pour essayer de trouver du bon à cette crise sanitaire), cette immobilité à moitié forcée, à moitié choisie, ouvre le champs des possibles.
Pour ma part, elle me réconcilie avec mes rêves de chateaux forts de petite fille que je peux maintenant regarder avec mon regard d’apprentie historienne et mon âme de sorcière illuminée.
Pour ma part, elle m’amène au-devant de cette quête fantasmée d’enfant et m’intéresse aux places légendaires entre toutes les légendes, aux lieux mystiques entre tous les mystères, aux endroits énigmatiques entre tous les secrets à travers cette rubrique sur l’
Aude ésotérique et tellurique.

Je gardais donc le meilleur pour la fin (ou presque)…! Prévu pour l’équinoxe d’automne, puis celle de printemps, le mystique mont de la fin du monde échappait sans cesse à mes errements pour faute de mauvais temps ou par manque de temps. Je choisis donc un autre jour extraordinaire – celui de l’éclipse lunaire du mois de mai – pour aller rééquilibrer mes pôles en inversant ceux de la Terre au contact du PECH DU BUGARACH.

Le joli mois de mai, ayant bien fait son office de pluie et temps automnal, avait enfin décidé de se couvrir de ciel bleu ce mercredi-là. Bien qu’à mon arrivée sur Bugarach village, le Pech était encore légèrement chapeauté de brume… J’étais toute ébouriffée d’excitation malgré l’heure matinale, je n’avais que trop peu dormi à force d’impatience dans les jambes ; c’est que ça faisait presque un an qu’il me faisait du pieds, ce bon vieux Pech aux pôles inversés, et j’étais enfin prête à l’enfourcher du même élan que je m’étais préparée à enfourcher ma propre vie.

Le temps pour moi d’atteindre le départ de ma randonnée sur le Col du Linas et Bugrach s’était éclairci les idées. Ca tombait bien, j’avais besoin de toute sa lucidité pour répondre à ma quête.

Contrairement à Rennes Le Château, j’arrivais au pied de mon Everest débarrassée de toute idée préconçue. Je n’avais aucune attente tellurique, je venais chargée de mon propre ésotérisme, des méditations plein la tête, et j’allais accueillir tout et son contraire (ce qui était plutôt à propos puisque Monsieur Bugarach fait tout le contraire de tout le monde), libre de toute projection. J’avais fait du chemin depuis l’été précédent, car cette attente que je n’appliquais pas au Pech, je m’essayais chaque jour à en affranchir mes actions et paroles.

Et dans le cas de Bugarach, vu l’encre qu’il a fait couler, je trouve ça plutôt admirable de m’être présentée sans aucune espérance grandiloquente. Car, pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler, le Pech Bugarach a une sacrée réputation dans les milieux informés de l’ésotérisme ! Le petit village et sa montagne particulière sont au cœur de nombreuses légendes : Ovnis, vortex, porte galactique (le pic, fait de très nombreuses cavités, abriterait, selon certains, une base souterraine extraterrestre) et autres phénomènes lumineux étranges dans le ciel.

Présence ésotérique ou simple reflet de la forêt ?

Mais ce fut surtout à l’occasion de la pseudo fin du(n) monde du 21 Décembre 2012 que l’on entendit parler de Bugarach en France et ailleurs. En effet, selon certaines interprétations du calendrier maya, ce devait être le dernier endroit où survivre à cette fin annoncée. Des centaines de journalistes et de nombreux apeurés venus de tous les pays se bousculèrent sur place.

Toutes ses théories se seraient-elles élaborées en écho à la curiosité géodynamique de cette montagne inversée ? Car, phénomène géologique rare, le Pech de Bugarach possède la particularité d’être formé par un pli anticlinal, soit un pli couché. En effet, lors du rapprochement des plaques ibérique et européenne, créant ainsi la chaîne des Pyrénées, les roches sédimentaires se sont plissées puis cassées. L’ordre des couches géologiques qui le composent a alors été inversé et des strates calcaires datant de plus de 135 millions d’années se sont posées au-dessus de formations âgées de 15 millions d’années.

Et cette anomalie aurait, selon différentes rumeurs, inversé les pôles magnétiques du site. Or, de nombreux prophéties comptent, parmi les catastrophes à venir lors de l’Apocalypse, une inversion des pôles magnétiques sur Terre, qui provoquera une inversion de la rotation de la Terre. Dès lors, le Pic de Bugarach, avec ses pôles magnétiques déjà inversés, était un refuge sûr si c’était cela qu’avaient prédit les Mayas.

Que l’on y croit ou que l’on n’y croit pas, Bugarach est tout de même de ces lieux telluriquement chargés et quiconque s’y présente, empreint de son mythe personnel, guidé par sa propre quête vitale, s’en trouve régénéré dans le corps, l’âme et l’esprit. Même s’il est uniquement venu marcher. Car le point culminant des Corbières, que ses légendes soient véridiques ou farfelues, est véritablement magnifique et imposant, propre au ressourcement pour qui vient y galoper ses chaussures de marche.

Les cachettes des invisibles

Ainsi donc, je me présentais humblement, empreinte de mon mythe personnel, guidée par ma propre quête vitale, aux pieds (ou bien était-ce sa tête puisqu’il est inversé ?) de Bugarach déchapeauté de brume en ce mercredi de mai. J’avais opté pour l’itinéraire le plus court et je commençais dans le vif du sujet, car le Pech nous accueille sans préambule, tête la première et pente à haut degré. Le premier kilomètre n’est pas le plus joli, ça gadouille dans les pieds et, si prendre de la hauteur nous donne à voir de mieux en mieux le paysage, ce n’est pas avant certaine arche de verdure que l’on peut commencer à s’en prendre plein les mirettes.

J’ai particulièrement apprécié, à partir de la clairière colorée, de méandrer entre les arbres moussus et les fleurs sauvages. Je m’attendais probablement (comme quoi, j’avais tout de même quelques attentes) à un terrain aride et pierreux de bout en bout… Alors que le paysage intime et rocambolesque des troncs entrelaçés m’enveloppait de douceur et, au lieu d’extra-terrestres, je me préparais plutôt à tomber nez-à-ailes avec quelques fées de Brocéliande. Peut-être m’ont-elles chuchoté, invisibles, dans le cœur pour aider à mes révélations et à mes libérations.

Et lorsque j’ai, pour la première fois, distingué les Pyrénées encore blanchement parsemés derrière le brouillard matinal, je basculais en monts et merveilles, émue par l’infini qui s’offrait à mes yeux et à mon présent.

Je contemplais après le massif de calcaire (?) – ou bien est-ce du granit ? pour être sûre, j’écrirai le massif rocheux – en forme de dents de vampires se rapprocher de ma gorge, je n’en revenais pas d’avoir été si rapide dans mon ascension ! Mais je me trompais… Ayant perdu de vue son profil arrondi, je pensais que le Bugarach s’arrêtait là, acéré. Eh bien non ! Alors pour éviter les fausses joies et les désespérances ratées, ménagez votre monture, quelques escalades rocheuses demeurent.

Quand on s’y prend de bonne heure – et de bonne humeur ! – cependant, la dernière portion va sans mal, entre vent et dégagement ; heureux d’avoir un petit rab de panorama et de dégourdissement. Curieux de sentir le moelleux du Pech sous nos pieds courageux.

Une fois tout en haut du haut, j’espère que vous aurez prévu de quoi vous couvrir, parce que ce serait trop bête d’avoir réchappé au Covid pour se choper une pneumonie (cela étant dit dans le cas où vous iriez en demi saison ; en juillet, le parasol sera probablement plus à propos).

Pour ma part, ayant bravé les froids alaskiens, j’étais plus que parée et j’ai savouré ce toit du monde particulier offert à ma solitude. J’avais l’entièreté de la Terre sous mes pieds et la totalité du Ciel rien qu’à moi ! Après quelques secondes de respirations (parce qu’on va pas se mentir, même si c’était moins difficile que ce que l’on m’avait promis, j’étais tout de même à bout de souffle), j’avais tout le loisir de saluer le soleil et le monde des cieux comme il se doit. Et bien oui, chien tête en haut-chien tête en bas, c’est encore ce qu’il y a de plus parlant pour enraciner sa pensée et inverser sa polarité intérieure en harmonie avec le Pech. C’est encore ce qu’il y a de plus puissant pour ouvrir la porte de son nouveau monde personnel.

Puis, sentant que le vent silencieux se muait en bavardages de futurs randonneurs, j’ai fait place nette, le cœur léger, l’âme métamorphosée. Prête pour la redescente vers le plancher des vaches, non sans quelques nouveaux regards glanés sur ce paysage immuable et pourtant changeant.

Prête, non sans une halte à la Fontaine des Amours pour y dissoudre mon ancienne peau, à enfourcher ma nouvelle vie.

Au creux de la crête

Les deux randonnées « phare » du Pech

Itinéraire le plus court : 6,80 km – 3h30 environ

Se garer au Col du Linas sur la D14 sur le parking aménagé. Le départ d’ici est très bien signalé entre deux panneaux relatifs à la faune locale.
Partir vers le Sud sur le large chemin.
(km 0.64) Prendre à droite et marcher sur un chemin quasiment plat pendant 600 m environ.
(km 1.23) Virer à 90° à gauche et longer la clairière qui se trouve sur la droite, avant d’entrer à nouveau dans la forêt. Le chemin s’incline plus loin à gauche en direction de la Pique Grosse. Une fois au pied, poursuivre la montée à gauche.
(km 2.47) Un petit promontoire se détache du chemin avec vue dégagée sur la vallée. Continuer jusqu’à une bifurcation toute proche.
(km 2.61) Ignorer le chemin sur la droite qui même à la Pique Grosse et prendre à gauche pour basculer sur l’autre versant. (C’est le moment un peu piégeux, comme je suis nulle en kilométrage, j’ai failli me planter ! En fait, c’est simple, c’est la première bifurcation et si vous regardez bien, vous verrez qu’il y a la balise jaune aussi sur le chemin de gauche (même si ce n’était pas un sentier autorisé à l’origine). Et au pire, si le chemin sur lequel vous êtes commence à vraiment beaucoup descendre, vous saurez que vous n’êtes pas sur le bon et vous rebrousserez chemin pour vous éviter de descendre pour remonter, car le chemin de gauche rejoint de toute façon la piste qui monte vers Bugarach.)
(km 2.93) Après avoir traversé les buis qui se meurent asphyxiés par la pyrale, marcher enfin à découvert jusqu’au sommet qu’on aperçoit. Profitez de ces cent derniers mètres de dénivelé pour observer les vautours.
(km 3.39) Arrivée au sommet du Pech de Bugarach et retour par le même itinéraire jusqu’au parking
(Source : Visorando)

Itinéraire le plus long par la fenêtre de Bugarach : 11,80 km – 6 h environ

Laisser la voiture sur le petit parking après le village de Bugarach, dans un virage.
Dans le virage en épingle, prendre le sentier des Cathares en face, c’est le GR®367 balisé Rouge et Blanc. Longer le Lac de la Vène.
(km 0.9) Après le lac et un passage de la rivière à gué, prendre le passage canadien. Longer à distance toujours sur le GR® le ruisseau. Atteindre le carrefour de la Cascade des Mathieux.
(km 2.34) Emprunter la sente à gauche pour la rejoindre.
(km 2.49) Revenir au carrefour précédent. Emprunter à nouveau le GR® par la gauche. Traverser le ruisseau et déboucher sur la route D45.
(km 3.31) La traverser et poursuivre en face pour rejoindre rapidement le carrefour du GR®36 et du GRP® du Tour des Fenouillèdes.
(km 3.87) Partir à gauche sur le GR®36. La première partie se fait en sous bois de buis facile (boueuse après la pluie). Sortir dans une grande prairie souvent venteuse, puis atteindre le pied de la pointe rocheuse du Pech de Bugarach à la Fenêtre.
(km 4.76) La fenêtre de Bugarach : Attaquer l’ascension sur la roche par un goulet où il faut franchement y mettre les mains. Le haut est sportif par temps brumeux et venteux et les éléments sont forts. Atteindre le sommet du Pech de Bugarach.
(km 5.06) Entamer une descente facile à travers les buis. Se retrouver au bas de la pointe rocheuse du Pech de Bugarach à la Pique Grosse.
(km 6.27) Poursuivre direction Est puis Nord pour parvenir au Col du Linas et à la route D14.
(km 8.35) Prendre à gauche la D14 ou poursuivre un peu plus au Nord par le GR® qui passe par le centre du village.
Retrouver le parking de départ.
(Source : Visorando)

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