Billet d’humeur #3

« Do you miss me too when you hear songs that make you blue ? »CHANSON POUR UN LUNDI BLEU

Hier, c’était le « lundi bleu ». C’est curieux comme nom, « lundi bleu ». C’est presque joli. Ca donne presque envie. Il semblerait que cela n’ait rien à voir avec les éléphants rose – bien au contraire – mais ça met de la couleur dans la mélancolie.

Ainsi, comme hier c’était le « lundi bleu », il semble à propos de vous parler de mes humeurs… ça faisait si longtemps !

C’est quand même fou cette manie que l’on a, nous Français, à parler anglais sans le faire exprès. A parler anglais sans le faire comme il faut. Parce que, oui, *SPOILER ALERT*, cette fameuse invention du « lundi bleu » n’est autre qu’une traduction du « Blue Monday » anglophone (soit une campagne publicitaire visant à nous rappeler qu’après les fêtes de fin d’année, on est encore plus déprimé qu’avant et que c’est pas prêt de s’arrêter parce que c’est pas demain le printemps!). Vous me direz, pour une fois, on a fait un petit effort, on a fait la traduction. Et dans le bon sens s’il vous plaît (pas comme ces fichus « talkie walkie » !).
Oui, parce que si certains chantent le Blues, d’autres ont le blues… Alors qu’en anglais – de la même façon qu’ils sont froids au lieu d’avoir froid -, ils sont blue, ils se sentent blue. Pendant que nous, nous avons le blues, peut-être pour nous donner la sensation que cela nous atteint moins. Que ça nous laisse une trace moins indélébile.

Foutaises !

De mon côté, j’aime bien l’idée de cette couleur dans le spleen, ça fait une petite musique dans ma poésie, ça me donne presque une nouvelle excuse pour être en dépression. C’est quand même vachement plus fun d’aller schtroumpfer au pays du Bleu que de se mettre sous anxiolytique !
Et, honnêtement, je pense que je préfère dire que je suis bleue qu’avouer que je serais potentiellement déprimée… Surtout qu’il semblerait que, dans mon cas, ce ne soit pas que le 3ème lundi de janvier ! En plus, comme j’ai l’esprit de contrariété, je serais bien capable de faire exprès d’être de bonne humeur ce jour-là pour ne pas faire les choses comme tout le monde !

[Bon d’accord, j’avoue, moi aussi j’avais le cœur en coton lundi… et pour être tout à fait honnête, ça fait pas mal de jours et de nuits que je suis bleue en toile de fond voyez-vous !]

Mais passons, je suis pas là pour vous parler de ma dépression hivernale, je suis là pour vous parler de mon lundi bleu (même s’il semblerait que ce soit la même chose…)

Alors de quel bleu je me chauffe ?

Plutôt le bleu du Lake Louise au mois d’octobre je dirai. Ou celui du Mont Robson de mes 30 ans. Ou encore celui des glaciers alaskiens de la Péninsule de Kenaï de l’été 2019. Ou bien celui des Fjords islandais du mois d’août. C’est donc un bleu froid. Pour ne pas dire gelé. En même temps, nous sommes en plein cœur de l’hiver, alors on s’adapte au climat. Mais c’est surtout un bleu translucide ; celui, glacé, qui permet de voir le fond des choses à travers le Soleil bleu d’un Ciel d’hiver.
En effet, malgré la pluie battante sur mon velux et le gris de mon volet roulant bloqué devant ma baie vitrée – de quoi vous donner le vrai bourdon, je vous assure! -, malgré la pluie et le gris donc, lorsque je me suis mise à méditer sur ce fameux lundi bleu, je ne pouvais imaginer qu’une froide et ensoleillée journée d’hiver pour l’illustrer.
Cette fraîcheur parfaite de l’hiver, que l’on envie les nuits de canicule sans air et qui secoue l’âme juste comme il faut. Cette fraîcheur parfaite de l’hiver qui forme des miroirs agrandissant sur l’eau pour mieux regarder ce qui se passe au dedans de nous. Cette fraîcheur parfaite de l’hiver qui diffuse une lumière moins criante sur nos blessures. Et cette fraîcheur parfaite de l’hiver, surtout, qui nous donne l’occasion de se réfugier au chaud, en soi-même, pour aller panser nos pensées avant de les faire refleurir au printemps.

Tout, tout, sauf la morosité sur laquelle on appuie, sous prétexte que nous sommes le 3ème lundi du mois de janvier, alors que, franchement, l’actualité nous donne bien suffisamment à faire en termes de « je voudrais disparaître dans la grotte de Platon pour ne plus jamais en sortir ».

Car je vais vous dire ce qui est plus déprimant qu’un lundi bleu : lire un article de France Culture sur la dépression du lundi bleu. D’ailleurs, je me suis tout de suite arrêtée parce que m’entendre lire que « sans la tristesse nous ne serions pas amenés à réfléchir à des conditions de vie plus satisfaisantes », merci mais je m’en passerais. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », je fais déjà ça très bien toute seule ! #JeSuisScorpion
Non moi, quand j’imagine le film parfait de mon lundi bleu, je pense à la chaise de ma grand-mère en tapisserie blanche et bleue – style Louis XV ou Louis XVI je ne sais jamais – cachée dans mon cagibi sous mes toits. Quand j’imagine le film parfait de mon lundi bleu, j’ai envie d’être une belle alanguie d’une peinture de Maître, un peu comme celle qui illustre justement l’article de France Culture, mais avec une touche de bleu en plus. Quand j’imagine le film parfait de mon lundi bleu, je flâne au bruit assourdissant du vent dans une lande tourbeuse d’Irlande pour mettre mon état d’être au diapason du climat, ou bien serait-ce le contraire. Quand j’imagine le film parfait de mon lundi bleu, je me vois écrire des pages et des pages incroyables à la lueur de ma bougie dans mon salon en velours rose poudré.

Quitte à déprimer un lundi, autant le faire avec classe vous ne pensez pas ?

Et puis ma décalcomanie aimant bien faire des liens, le lundi bleu me fait soudain penser à la Lune Bleue, beaucoup plus douce et joyeuse celle-ci. Parce que, voyez-vous, on dit que certaines choses ne se passent qu’une fois sous la Lune Bleue. Promesse d’extraordinaire et d’imprévu. La dernière a eu lieu en août 2021, la prochaine aura lieu en août de cette année : c’est lorsque nous avons deux Pleines Lunes dans le même mois (et donc dans le même signe astrologique).
Ainsi, même s’il ne s’est rien passé d’extraordinaire ou d’imprévu (si ce n’est que mon volet roulant n’a pas daigné s’ouvrir : qui a dit que l’extraordinaire et l’imprévu ne pouvaient pas être chiants !), j’aimerais beaucoup renommer ce lundi bleu en Lune Bleue (après tout, il n’y a pas de si grand écart, le lundi est le jour de la Lune), ne serait-ce que pour lui donner un peu de baume au cœur.

Et puis moi je m’en retourne, en cette période bleue, à mes rêveries d’une machine à remonter le temps vers un boudoir bleuet dans lequel je pourrais bouder à cœur joie ce foutu lundi bleu.

Little Dot Harrington at the Old Bedford – Walter Sickert

Justine T.Annezo – 17 janvier 2023 – GTM+2


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